L'abbé Roger Labbé nous fait parvenir ces réflexions "songées" d'un évêque brésilien s'inspirant du mot du cardinal Martini, ancien archevêque de Milan :« Aujourd'hui je n?~Rai plus ces rêvess
». (tiré de la lettre circulaire de Mgr Pedro Casaldáliga, évêque ?| la retraite du diocèse brésilien de São Felix do Araguaia et traduit par l'abbé Claude Lacaille).
Le cardinal Carlo M. Martini, jésuite, bibliste, ancien archevêque de Milan et mon collègue de Parkinson, est un ecclésiastique de dialogue, d'accueil, de rénovation à fond, autant dans l'Église que dans la société. Dans son livre de confidences et de confessions Colloques nocturnes à Jérusalem, il déclare : « Avant j'avais des rêves à propos de l'Église. Je rêvais d'une Église qui parcourt son chemin dans la pauvreté et l'humilité, qui ne dépend pas des pouvoirs de ce monde; dans laquelle est extirpée la racine de la méfiance; qui donne de la place aux gens qui pensent avec plus d'ouverture; qui encourage, spécialement ceux qui se sentent petits et pécheurs. Je rêvais d'une Église jeune. Aujourd'hui, je n'ai plus ces rêves. » Cette affirmation catégorique de Martini n'est pas, ne peut pas être une déclaration d'échec, de déception ecclésiale, de renonciation à l'utopie. Martini continue de ne rêver à rien d'autre qu'au Royaume, qui est l'utopie des utopies, un rêve de Dieu lui-même.
Lui et des millions de personnes dans l'Église, nous rêvons de « l'autre Église possible », au service d' « un autre monde possible ». Et le cardinal Martini est un bon témoin et un bon guide sur ce chemin alternatif; il l'a démontré.
Autant dans l'Église (dans l'Église de Jésus formée de plusieurs Églises) que dans la société (formée de divers peuples, diverses cultures, divers processus historiques) aujourd'hui plus que jamais, nous devons nous radicaliser dans la recherche de la justice et de la paix, de la dignité humaine et de la dignité dans l'altérité, du véritable progrès à l'intérieur d'une écologie profonde. Et comme le dit Bobbio, « il faut installer la liberté dans le coeur même de l'égalité »; aujourd'hui avec une vision et une action strictement mondiales. C'est l'autre globalisation, celle que revendiquent nos penseurs, nos militants, nos martyrs, nos affamés
La grande crise économique actuelle est une crise globale de l'humanité qui ne sera résolue par aucun type de capitalisme, parce qu'il ne peut y avoir un capitalisme humain; le capitalisme continue à être homicide, écocide et suicidaire. Il n'y a pas moyen de servir simultanément le dieu des banques et le Dieu de la Vie, de conjuguer l'arrogance et l'usure avec la convivialité fraternelle. La question charnière est celle-ci: Faut-il sauver le système ou sauver l'humanité? A grandes crises, grandes opportunités. En langue chinoise, le mot crise se dédouble en deux sens : crise comme danger, crise comme opportunité.
Durant la campagne électorale aux États-Unis, on a brandi à répétition le « rêve de Luther King », dans l'intention d'actualiser ce rêve; et à l'occasion des 50 ans de la convocation de Vatican II, on a rappelé avec nostalgie le Pacte des catacombes de l'Église servante et pauvre. Le 16 novembre 1965, quelques jours avant la clôture du concile, 40 pères conciliaires ont célébré l'eucharistie dans les catacombes romaines de Domitila et ont signé le Pacte des catacombes. Dom Helder Camara, qui célébrerait son 100ième anniversaire de naissance cette année, était l'un des principaux animateurs du groupe prophétique. Le Pacte en ses 13 points insiste sur la pauvreté évangélique de l'Église, sans titres honorifiques, sans privilèges et sans luxes mondains; il insiste sur la collégialité et la coresponsabilité de l'Église comme Peuple de Dieu et sur l'ouverture au monde et l'accueil fraternel.
Aujourd'hui dans la conjoncture convulsionnée actuelle, nous professons que bien des rêves sociaux, politiques, ecclésiaux sont d'actualité et que nous ne pouvons aucunement y renoncer. Nous continuons de rejeter le capitalisme néolibéral, le néo-impérialisme de l'argent et des armes, une économie de marché et de consommation qui ensevelit dans la pauvreté et la faim une grande majorité de l'humanité. Nous continuerons de rejeter toute discrimination pour motif de genre, de culture, de race. Nous exigerons la transformation substantielle des organisations mondiales (ONU, FMI, Banque mondiale, OMC ...) Nous nous engagerons à vivre une « écologie profonde et intégrale », en promouvant une politique agraire-agricole alternative à la politique prédatrice du latifundium, de la monoculture, de l'agro-toxique. Nous participerons aux transformations sociales, politiques, économiques pour une démocratie de « haute intensité ».
Comme Église nous voulons vivre à la lumière de l'Évangile, la passion obsessive de Jésus, le Royaume. Nous voulons être Église de l'option pour les pauvres, communauté oecuménique et macro-oecuménique aussi. Le Dieu en qui nous croyons, l'Abba (Papa) de Jésus, ne peut être en aucune manière la cause de fondamentalismes, d'exclusions, d'inclusions absorbantes, d'orgueil prosélyte. Ça suffit de faire de notre Dieu l'unique vrai Dieu. « Mon Dieu me laisse-t-il voir Dieu? » Avec tout le respect dû au pape Benoît XVI, le dialogue interreligieux n'est pas seulement possible, il est nécessaire. Nous ferons de la coresponsabilité ecclésiale l'expression légitime d'une foi adulte. Nous exigerons, en corrigeant des siècles de discrimination, la pleine égalité de la femme dans la vie et les ministères de l'Église. Nous stimulerons la liberté et le service reconnu de nos théologiens et théologiennes. L'Église sera un réseau de communautés orantes, servantes, prophétiques, témoins de la Bonne Nouvelle: une Bonne Nouvelle de vie, de liberté, d'heureuse communion. Une Bonne Nouvelle de miséricorde, d'accueil, de pardon, de tendresse, samaritaine sur tous les chemins de l'humanité. Nous continuerons de faire en sorte que se vive dans la pratique ecclésiale l'avertissement de Jésus : « Il n'en sera pas ainsi entre vous » (Matthieu 21, 26). Que l'autorité soit service. Le Vatican cessera d'être un État et le pape ne sera plus chef d'État. La Curie devra être réformée en profondeur. Les Églises locales soigneront l'inculturation de l'Évangile et l'administration partagée. L'Église s'engagera sans crainte, sans évasion, dans les grandes causes de la justice et de la paix, des droits humains et de l'égalité reconnue pour tous les peuples. Elle sera prophétie d'annonce, de dénonciation, de consolation. La politique vécue par tous les chrétiens et chrétiennes sera « l'expression la plus élevée de l'amour fraternel. » (Pie XI)
Nous refusons de renoncer à ces rêves même s'ils peuvent apparaître comme des chimères. « Nous chantons encore, nous rêvons encore » Nous nous en tenons à la parole de Jésus : « Je suis venu apporter le feu sur la terre, et que puis-je vouloir sinon qu'il s'allume? » (Luc 12, 49). Avec humilité et courage, à la suite de Jésus, nous verrons à vivre ces rêves dans le quotidien de nos vies. Il continuera d'y avoir des crises et l'humanité avec ses religions et ses églises continuera à être sainte et pécheresse. Mais il ne manquera pas de campagnes mondiales de solidarité, de Forums sociaux, de Vías Campesinas, de mouvements populaires, de conquêtes des sans-terres, de pactes écologiques, de chemins alternatifs de notre Amérique, de communautés de base, de processus de réconciliation entre Shalom et Salam, de victoires autochtones et afro, et de toute manière une fois pour toutes « je m'en tiens à ce qui a été dit : l'Espérance ».
À chacun et chacune à qui parviendra cette circulaire fraternelle, en communion de foi religieuse ou de passion humaine, une accolade à la mesure de ces rêves. Les vieux, nous avons encore des visions, dit la bible (Joël 3,1) J'ai lu il y a quelques jours cette définition: « La vieillesse est une espèce d'après-guerre »; pas nécessairement une claudication. Le Parkinson n'est qu'un accident de parcours et nous continuons notre chemin vers le Royaume.
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Traduction : Claude Lacaille
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Rédigé par Mgr Pedro Casaldáliga le Vendredi 30 Octobre 2009
Une opinion de Louis O'Neill, ancien ministre et professeur émérite de la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l'Université Laval à Québec: Éthique et culture religieuse - «Youpi, ma religion à moi!»
«YOUPI, MA RELIGION À MOI!»
Le nouveau cours Ethique et culture religieuse n'a pas fini d'étonner. Qu'on se rappelle à titre d'exemple le cas de cet enseignant qui a demandé à ses élèves de dessiner un nouveau drapeau du Québec parce qu'il estimait que le fleurdelisé ne convenait plus puisqu'on y discerne l'effigie d'une croix. Lenseignant zélé croyait déceler là une atteinte à la laïcité.
Le cours réserve d'autres surprises. C'est ainsi qu'on trouve une perle bizarre dissimulée dans un cahier d'activités destiné aux élèves de premier cycle du secondaire et dont le titre est Partons à l'aventure ! La perle se nomme « Youpi ma religion à moi ! ». Comme aventure, c'est du vrai de vrai.
On invite les jeunes ( 12, 13 ans) à créer leur propre religion « comme moyen pour vérifier leur capacité à saisir les multiples facettes des mouvements religieux ». On précise : « À partir des multiples exemples vus en classe dans le chapitre 1, tu décides de fonder ton propre mouvement religieux pour répondre à ta quête de sens. Ce mouvement doit naître de ton imaginaire ». Production attendue : une description détaillée d'une religion inventée respectant la structure exigée.
Regroupés dans des équipes de quatre les écoliers doivent donc faire appel à leur imaginaire pour réaliser le projet suivant :
*inventer un fondateur et un mythe fondateur ;
*inventer un Dieu ou des dieux et en nommer les attributs ;
*inventer un code moral ;
*inventer un livre sacré ;
*inventer quelques rituels ;
*inventer quelques objets de culte.
On nous dit que ce cahier d'activités n'a pas été officiellement approuvé, donc qu'on ne doit pas prendre l'affaire trop au sérieux. Pourtant, il s'agit bien d'un outil de travail reconnu que l'on met à la disposition des enseignants et des jeunes. On y trouve un tas de trucs sur le vivre-ensemble et le dialogue. Certains éléments sont intéressants, mais le tout projette l'image d'un fouillis où s'entremêlent les bonnes intentions et la confusion. On ne réussit pas à retracer le fil conducteur qui assure l'unité de l'oeuvre. L'ensemble est gentil, sirupeux, un peu gnangnan.
Quant à la perle bizarre, elle suscite une interrogation bien particulière puisqu'elle équivaut à un affront atteignant toutes les religions. Pourtant un des objectifs du cours est, nous dit-on, d'encourager une approche inclusive et tolérante envers les croyances. Or pour en arriver à inventer une bizarrerie pareille il faut au moins implicitement avoir assumé les trois postulats suivants : 1) toutes les religions se valent ; 2) mises ensemble elles ne valent pas grand-chose ;3) aussi bien s'en moquer et en tirer un passe- temps.
Voyons la pratique et tâchons d'imaginer d'éventuelles conséquences. A quatre participants par équipe il serait possible d'inventer cinq ou six religions par classe, chacune avec son ou ses dieux, son code moral, ses rituels. Des centaines de nouvelles religions pourraient ainsi émerger à l'échelle du Québec. Un vrai déferlement de religiosité. Même les adeptes du relativisme et du pluralisme normatif risqueraient dêtre emportés par le courant. Les enseignants n'y pourraient rien, car il leur est interdit dexprimer une opinion personnelle. Brouillard et confusion. Montée prévisible d'un sentiment de mépris envers tout ce qui est religieux. Est-ce là le but recherché ?
On peut heureusement prévoir que le déferlement n'aura pas lieu, car les jeunes sont capables de faire preuve de sens commun, plus que ceux qui ont inventé ce jeu. On peut aussi faire confiance au sens critique de parents qui sauront faire oeuvre d'intelligence et de discernement. Il demeure qu'un dérapage aussi grossier sème l'inquiétude. Des parents se demandent si la potion magique qu'on fait ingurgiter à leurs enfants au nom du vivre-ensemble ne serait pas toxique. Ce qui incite certains d'entre eux à invoquer le droit d'exemption pour les jeunes dont ils ont la charge. Ils appliquent le principe de précaution. C'est une saine prudence qui les incite à agir ainsi.
L'un des grands esprits qui ont concocté le nouveau cours a affirmé avec assurance qu'on ne trouve nulle part ailleurs dans le monde l'équivalent d'un tel produit pédagogique. En découvrant le jeu Youpi ma religion à moi ! , je suis enclin à croire qu'il a raison. Car il est sûrement hors du commun d'inventer pareil passe-temps dans le domaine religieux. C'est « le bout du bout », comme m'a dit l'un de mes amis, pédagogue renommé qui fut longtemps enseignant et directeur d'école.
LOUIS O'NEILL
Mai 2009
Lettre parue dans l'édition du 4 mai 2009 du journal Le Devoir et reproduite sur le site internet de l'auteur CHRONIQUE DE LOUIS O'NEILL
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Rédigé par Louis O'Neill le Vendredi 8 Mai 2009
Christian Rioux, correspondant du journal Le Devoir à Paris, nous livre des réflexions passionnantes sur la visite du pape Benoît XVI Paris et à Lourdes en septembre 2008. "Comment imaginer deux hommes plus différents? écrit-il. D'un côté, un président divorcé deux fois qui fréquente les stars, les yachts luxueux et cultive les déclarations-chocs. De l'autre, un théologien à la voix presque inaudible qui semble se complaire dans des discours truffés de citations latines."
Si la visite de Benoît XVI en France cette semaine [12-13 septembre 2008 à Paris et 13-14-15 septembre 2008 à Lourdes] a produit un choc culturel, il était peut-être dans cette brève rencontre avec Nicolas Sarkozy.
Cette visite a pourtant relancé un débat que l'on croyait clos. Le président français en a profité pour faire la promotion de ce qu'il nomme la « laïcité positive ». Discret, le pape s'est contenté de se dire ouvert à « une nouvelle réflexion sur le vrai sens et sur l'importance de la laïcité ». Il avait déjà défini le contexte de sa visite en affirmant : « La foi n'est pas politique et la politique n'est pas une religion. »
On s'interroge depuis quelque temps sur ce que peut bien signifier cette « laïcité positive » qu'évoque régulièrement le président français. Si cette laïcité nouvelle consistait à mettre de côté un vieux discours anticlérical toujours vivace dans certains milieux, pourquoi pas. S'il s'agissait de reconnaître la contribution de la religion catholique à l'histoire de l'humanité, va encore. Mais s'il était question d'abandonner la réserve qui avait jusqu'ici caractérisé tous les présidents de la Ve République, de Charles de Gaulle à Jacques Chirac, il s'agirait d'une autre histoire.
C'est avec raison que de nombreux Français s'irritent aujourd'hui d'un président qui, en rupture avec la tradition, ne cesse d'afficher sa foi à tout propos. Un peu de la même façon qu'à une autre époque, il parlait sans pudeur de sa vie amoureuse. Si la France doit combattre l'anticléricalisme revanchard qui l'a parfois caractérisée, elle peut néanmoins s'enorgueillir de la réserve dont ont fait preuve dans le passé ses représentants dans le domaine religieux. Tout comme elle peut s'enorgueillir d'une école où (comme les policiers et les juges) les enseignants n'ont pas le droit de porter le voile, la croix ou la kipa dans l'exercice de leurs fonctions. Avec pour résultat que, même si le pays accueille les plus grandes communautés juive et musulmane d'Europe, celles-ci ne désertent pas l'école publique au profit de l'école privée. Tous les pays ne peuvent pas afficher un tel bilan.
À suivre cette visite du pape à Paris, on se prend néanmoins à regretter que Benoît XVI nait pas honoré de sa présence les festivités du 400e anniversaire de Québec. Peut-être leur aurait-il instillé le regard historique qui leur a tant manqué.
À l'époque du storytelling et des petites phrases, ce pape est un anachronisme. On dirait un homme du XIXe siècle égaré à Disney World. Alors que des milliers de fidèles l'attendent sur le parvis de Notre-Dame, le voilà qui court s'enfermer au collège des Bernardins pour s'adresser à un auditoire composé de 600 intellectuels. Tout cela pour prononcer, dans un français châtié, une conférence ardue sur les origines de la culture européenne et pleine de références à d'obscurs théologiens. Et pourtant, sous les somptueuses arches gothiques du XIIIe siècle, ces 600 esprits, parmi lesquels nombre d'athées et d'agnostiques, se sont pris au jeu.
Je ne suis pas du genre à mintéresser à la petite cuisine de lÉglise. Lordination des femmes, la messe en latin et le mariage des couples divorcés ne me concernent pas plus que le sexe des imans, des rabbins ou des anges. Mais, à Paris, le pape avait décidé de livrer un message qui concernait tant les croyants que les non-croyants.
Je n'oserai vous résumer un discours dont l'exégèse reste à faire. Disons simplement que Benoît XVI s'est demandé ce qui avait donné naissance à la culture européenne apparue dans des monastères comme celui des Bernardins après la disparition de l'empire romain. Pour le pape, cette culture est née de la recherche de Dieu. Mais, dit-il, elle n'est pas née d'un livre unique, la Bible, mais des Écritures. Des Écritures qui ne prennent leur sens que par les interprétations souvent contradictoires que l'homme en donne. Benoît XVI en déduit qu'à sa source, cette « culture de la parole » d'abord littéraire exclut à la fois le fondamentalisme, pour lequel seul compte le texte, mais aussi l'arbitraire subjectif, pour lequel toutes les interprétations se valent. La culture européenne serait fondée sur cette tension permanente entre la fidélité à un texte, une loi, un héritage, et la liberté de les interpréter.
On aura compris que le pape visait ainsi tous les intégrismes, catholique ou musulman, pour qui le texte est la voix de Dieu. Mais il visait aussi la propension des sociétés modernes à penser que toutes les opinions se valent. Bref, à ne plus chercher la vérité.
C'est pourquoi on peut penser que si le Pape avait investi le séminaire de Québec, comme il l'a fait cette semaine au collège des Bernardins, il aurait fait pâlir de honte le recteur de l'Université Laval, qui a choisi cet été de décerner à Céline Dion un doctorat honoris causa plutôt que demeurer fidèle la vocation de grand savoir de cette institution fondée en 1663. Va pour la légion d'honneur ou l'ordre du Québec, qui peuvent récompenser la réussite. Mais un doctorat n'est-il pas censé récompenser, bien au-delà de la popularité personnelle, ceux et celles qui ont fait avancer la connaissance ?
Qu'est-ce que le relativisme absolu dont parlait précisément Benoît XVI ? C'est justement de confondre Céline Dion avec un savant. C'est de faire croire que, malgré ses qualités réelles, parfois sublimes, une chanteuse populaire est l'équivalent d'un grand mathématicien ou d'un grand poète. Comme si les disques d'or et les Félix ne suffisaient pas. La mystification est peut-être utile pour attirer de lucratives clientèles étudiantes, mais c'est une façon sûre et certaine d'avilir la fonction de l'université. Que dirait-on, demain, si Benoît XVI, lui-même universitaire de haut vol et pianiste à ses heures, recevait un Grammy Award ?
On pourra discuter les opinions du pape autant que l'on voudra, on ne pourra pas dire que ce théologien nous prend pour des imbéciles. Comme certaines de nos élites.
Christian Rioux
Journal "Le Devoir" (Montréal)
vendredi 19 septembre 2008
Source
http://www.ledevoir.com/2008/09/19/206270.html
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Rédigé par Christian Rioux le Mercredi 24 Septembre 2008
Benoît XVI lors de sa rencontre les prêtres, diacres et séminaristes du diocèse de Bolzano-Bressanone, le 6 août 2008, durant ses vacances dans les Dolomites italiennes, s'est prêté à des questions auxquelles il a répondu avec simplicité en improvisant de façon familière. J'ai retenu la réponse à celle qui suit parce qu'elle m'a touché, qu'elle est d'une grand richesse et qu'elle nous fait entrer un peu plus dans l'âme de ce pape musicien. Dans cette réponse le pape explique que la raison et la réflexion sur la vérité et la beauté, vont de pair. Les beautés créées par la foi sont « la preuve vivante de la foi », dit-il. Bonne lecture!
P. Willibald Hopfgartner, o.f.m.
- Très Saint-Père, je m'appelle Willibald Hopfgartner, je suis franciscain et je travaille dans une l'école et dans divers contextes du gouvernement de l'Ordre. Dans votre discours de Ratisbonne vous avez souligné le lien substantiel entre l'Esprit divin et la raison humaine. D'autre part, vous avez également souligné l'importance de l'art et de la beauté, de l'esthétique. Alors, à côté du dialogue conceptuel sur Dieu (en théologie) ne faudrait-il pas toujours réaffirmer l'expérience esthétique de la foi dans le cadre de l'Eglise, pour l'annonce et la liturgie ?
Benoît XVI
- Merci. Oui, je pense que les deux choses vont de pair la raison, la précision, l'honnêteté de la réflexion sur la vérité et la beauté. Une raison qui en quelque sorte voudrait se dévêtir de la beauté, serait diminuée, ce serait une raison aveuglée. Seules deux choses unies forment un ensemble, et pour la foi cette union est importante. La foi doit continuellement affronter les défis de la pensée de cette époque, afin qu'elle ne semble pas une sorte de légende irrationnelle que nous maintiendrions en vie, mais qu'elle soit véritablement une réponse aux grandes questions : afin qu'elle ne soit pas seulement habitude mais vérité - comme le déclara une fois Tertullien. Saint Pierre dans sa première Lettre, avait écrit cette phrase que les théologiens du Moyen Age avaient prise pour une légitimation, presque une commande pour leur travail théologique : "Soyez prêts à tout moment à rendre compte du sens de l'espérance qui est en vous" - apologie du logos de l'espérance, c'est-à-dire qui transforme le logos, la raison, en apologie, en réponse aux hommes. Bien sûr, il était convaincu du fait que la foi était logos, qu'elle était une raison, une lumière qui provient de la Raison créatrice, et non un beau mélange fruit de notre pensée. Voilà pourquoi elle est universelle, c'est pour cela qu'elle peut être communiquée à tous.
Mais ce logos créateur n'est pas seulement un logos technique - nous reviendrons sur cet aspect dans une autre réponse - il est ample, c'est un logos qui est amour et donc capable de s'exprimer dans la beauté et dans le bien. Et, en réalité, j'ai dit un jour que selon moi l'art et les saints sont la plus grande apologie de notre foi. Les arguments portés par la raison sont absolument importants et on ne peut y renoncer, mais il reste toujours quelque part un désaccord. En revanche, si nous regardons les saints, cette grande trace lumineuse par laquelle Dieu a traversé l'histoire, nous voyons que là se trouve véritablement une force de bien qui résiste aux millénaires, il y a véritablement la lumière de la lumière. Et de la même manière, si nous contemplons les beautés créées par la foi, elles sont simplement, dirais-je, la preuve vivante de la foi. Si je regarde cette belle cathédrale : c'est une annonce vivante ! Elle-même nous parle, et partant de la beauté de la cathédrale nous parvenons à annoncer visuellement Dieu, le Christ et tous ses mystères : ici ils ont pris forme et ils nous regardent. Toutes les grandes oeuvres d'art, les cathédrales - les cathédrales gothiques et les splendides églises baroques - sont toutes un signe lumineux de Dieu et donc véritablement une manifestation, une épiphanie de Dieu. Et dans le christianisme il s'agit précisément de cette épiphanie : Dieu est devenu une Epiphanie voilée - il apparaît et il resplendit. Nous venons d'écouter l'orgue dans toute sa splendeur et je pense que la grande musique née dans l'Eglise est une manière de rendre audible et perceptible la vérité de notre foi : du chant grégorien à la musique des cathédrales jusqu'à Palestrina et son époque, jusqu'à Bach puis Mozart, Bruckner et ainsi de suite... En écoutant toutes ces oeuvres - les Passions de Bach, sa Messe en si bémol et les grandes compositions spirituelles de la polyphonie du XVI siècle, de l'école viennoise, de toute la musique même celles des compositeurs mineurs - soudainement nous ressentons : c'est vrai ! Là où naissent des choses de ce genre, il y a la vérité. Sans une intuition qui découvre le vrai centre créateur du monde, une telle beauté ne peut naître. C'est pourquoi je pense que nous devrions toujours faire en sorte que les deux choses aillent ensemble, les porter ensemble. Lorsqu'à notre époque, nous discutons du caractère raisonnable de la foi, nous discutons précisément du fait que la raison ne finit pas où finissent les découvertes expérimentales, elle ne finit pas dans le positivisme ; la théorie de l'évolution voit la vérité, mais n'en voit que la moitié : elle ne voit pas que derrière il y a l'Esprit de la création. Nous luttons pour l'élargissement de la raison et donc pour une raison qui justement soit ouverte aussi au beau et ne doive pas le laisser de côté comme quelque chose de totalement différent et irrationnel. L'art chrétien est un art rationnel - pensons à l'art du gothique et à la grande musique ou même, justement à notre art baroque - mais c'est une expression artistique d'une raison très élargie, dans laquelle le coeur et la raison se rencontrent. Ainsi en est-il. Ceci est, je pense, d'une certaine manière la vérité du christianisme : coeur et raison se rencontrent, beauté et vérité se touchent. Et plus nous-mêmes réussissons à vivre dans la beauté de la vérité, plus la foi pourra redevenir créatrice même à notre époque et s'exprimer sous une forme artistique convaincante.
Alors, cher père Hopfgartner, merci de cette question ; essayons de faire en sorte que les deux catégories, celle de l'esthétique et celle de la noéthique, soient unies et que dans ce vaste cadre se manifeste la totalité et la profondeur de notre foi.
© Copyright : Librairie Editrice du Vatican
Traduction française : L'Osservatore Romano
parler : le signe de la croix.
Autre geste significatif : elle a d'abord voulu s'agenouiller pour prier, sa mère, Yolanda Pulecio, agenouillée à sa droite, et quelques autres personnes, dont des compagnons de captivité. L'aumônier militaire a guidé la prière : trois « Je vous salue Marie », le « Gloire au Père, au Fils, au Saint-Esprit ».
Cliquez ici pour entendre cette prière
La caméra colombienne a fait un gros plan sur le visage recueilli d'Ingrid Betancourt, les yeux fermés. Des images diffusées en direct dans le monde entier, dont, en France, « France 2 ».
Elle montrait à sa mère un rosaire enroulé autour de son poignet gauche. Et lorsque la conférence de presse allait commencer, elle a dit au micro qu'elle voulait d'abord remercier Dieu de sa libération en disant : « Il faut surtout que vous vous joignez à moi pour remercier Dieu d'être libre, parce que j'ai beaucoup prié (...) ».
Et puis, elle remercie l'armée colombienne, pour cette opération « impeccable », « parfaite ». Et puis elle insiste, après le récit de leur libération : « Dieu nous a fait ce miracle, ceci est un miracle ».
Je recommande mes enfants à Dieu
Dans la plaquette « Lettres à maman par-delà l'enfer » (Seuil janvier 2008) qui publie sa lettre de captivité du 24 octobre 2007, rédigée entre 8 h 34 et 15 h 34, elle écrit notamment : « Je recommande mes enfants à Dieu afin que la foi les accompagne toujours et qu'ils ne s'écartent jamais de lui ».
A sa mère, qui lui adresse des messages quotidiens grâce à la radio, elle écrit : « Tous les jours, je me lève en remerciant Dieu de t'avoir. Tous les jours, j'ouvre les yeux à 4 heures et je me prépare, afin d'être bien réveillée lorsque j'écouterai les messages de l'émission « La Carrilera de las 5 ».
Entendre ta voix, sentir ton amour, ta confiance, ton engagement à ne pas me laisser seule, c'est mon espoir quotidien . Tous les jours, je demande à Dieu de te bénir, de te protéger, et de me permettre de pouvoir un jour tout te rendre, te traiter commune reine à mes côtés, parce que je ne supporte pas l'idée d'être à nouveau séparée de toi ».
Elle dit aussi son espérance : « Je me nourris chaque jour de l'espoir d'être ensemble, et nous verrons comment Dieu nous montrera la voie, mais la première chose que je veux te dire, c'est que, sans toi, je n'aurais pas tenu jusque là ».
La prière pour Pinchao
Elle dit aussi sa prière pour « Pinchao », Jhon Frank Pionchao, un policier colombien, ancien otage des FARC pendant presque 9 ans, qui a réussi à s'évader en mai 2007 : il marchera 17 jours dans la jungle sans se faire reprendre. Il a passé trois de ses années de captivité avec Ingrid Betancourt.
« Dis-lui, écrit-elle à sa mère, combien je l'aime et que j'ai prié Dieu pour qu'il survive à son exploit ».
Aux stations de radio qu'elle réussit à capter, elle adresse ce message : « Que Dieu nous donne un jour la possibilité de nous embrasser et de leur rendre une partie de l'énergie que leur voix a inoculée dans nos curs, chaque jour de chaque mois de chaque année de cette terrible captivité ».
Et lorsque, sur la tarmac de Catam, un journaliste se présente comme de l'un de ces radios, « Caracol Radio », elle laisse le micro, s'avance vers lui, le serre longuement dans ses bras en guise de remerciement.
Dans cette même lettre, elle tient à envoyer « un salut fraternel à monseigneur Castro et au Père Echeverry ».
Elle souligne : « Ils se sont toujours battus pour nous. Ils ont toujours pris la parole quand le silence et l'oubli nous recouvraient plus que la jungle même ».
Une issue fatale était cependant envisagée comme une possibilité par Ingrid Betancourt, sans pour autant entamer sa foi dans la bonté de Dieu. Elle écrit, toujours à propos de ces deux prêtres : « Que Dieu les guide afin que très vite nous puissions parler de tout cela au passé. Et sinon, si Dieu en décide autrement, nous nous retrouverons au ciel et nous le remercierons pour son infinie miséricorde ».
Dans sa captivité, Ingrid Betancourt avait une Bible. Et, récemment, elle avait reçu ce dictionnaire qu'elle demandait pour ne pas se rouiller intellectuellement.
Mgr Castro et le P. Echeverri
Le Père Dario Echeverri (ou Echeverry) est avocat, spécialiste en Droit canonique, et prêtre Clarétin. Il est secrétaire national de la Commission de conciliation et membre de la Commission de paix de l'Eglise catholique et membre de la Commission de « facilitation » de ELN.
Il est reconnu par le gouvernement et par les FARC comme habilité à faciliter l'élaboration d'un accord humanitaire pour la libération des otages.
Mgr Luis Augusto Castro, évêque de Tunja, a joué un rôle clef dans la négociation avec les FARC.
Il est notamment l'auteur d'un livre intitulé « Réconciliation, individu et communauté en Colombie », qui offre une réflexion sur la réconciliation, à partir de l'expérience de la Colombie. Pour l'évêque, la vraie réconciliation commence lorsqu'une personne peut raconter la violence qu'elle a subie : la parole permet aux victimes de se reconstruire, pour arriver à la réconciliation. Cette réconciliation constitue, pour l'auteur, un évènement « libérateur » qui « vient finalement de Dieu », qui « rapproche ennemis et étrangers dans la mort du Christ ».
Une famille réunie
Ingrid Betancourt est franco-colombienne, et dans sa lettre, comme dans sa déclaration juste après sa libération, elle a remercié sa « douce France », où elle a passé une partie de sa vie et fait des études, rendant hommage à tous ceux qui l'ont soutenue.
« Je suis colombienne mais je suis française, mon coeur est partagé (...) Je vais très vite être avec vous, je rêve d'être en France », a-t-elle dit.
Betancourt ou Bethencourt ou Betancur, est un patronyme d'origine normande répandu en Amérique latine et Astrid Betancourt a déclaré qu'elles ont été éduquée dans l'amour de la France de leurs ancêtres.
A 15 h 25, ce 3 juillet, l'Airbus « République française » a amené à l'aéroport de Bogota les enfants d'Ingrid, Mélanie et Lorenzo Betancourt Delloye, leur père, Fabrice Delloye, et sa sur Astrid Betancourt, et d'autres membres de sa famille. Ingrid Betancourt est montée à bord de l'avion pour des retrouvailles dans l'intimité. Elle sera demain à Paris : elle viendra par le même avion.
Le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, était dans l'avion : il est venu remercier les autorités colombiennes.
Anita S. Bourdin
Extraits d'un article paru dans zenit.org : Le monde vu de Rome, le 3 juillet 2008
Extraits du journal LaCroix
07/07/2008 19:02
Ingrid Betancourt se dit "transformée" par la prière
Dans un entretien à paraître jeudi 10 juillet dans lhebdomadaire « Pèlerin », Ingrid Betancourt raconte son parcours de foi. Ingrid Betancourt prie, sur le tarmac de l'aéroport de Bogota, juste après sa libération, avec sa mère, mercredi 2 juillet (Photo Vergara/AP).Dimanche 6 juillet au soir, à lissue de la messe de 22 heures au Sacré-Cur de Montmartre, à Paris, lhebdomadaire Pèlerin a longuement rencontré Ingrid Betancourt, lex-otage des Farc libérée mercredi dernier en Colombie.
« La dernière fois que jai vu mon père, à la veille de mon enlèvement, nous étions assis dans sa chambre, sous une image du Sacré-Cur », se souvient-elle, racontant comment elle a ensuite, en écoutant Radio Catholica Mundial, découvert la spiritualité du Sacré-Cur.
« Je me souviens dune bénédiction en particulier, celle de Jésus promettant de toucher les curs durs qui nous font souffrir, confie-t-elle aux journalistes de Pèlerin. Alors, jai fait cette prière : Mon Jésus, je ne tai jamais rien demandé parce que tu es tellement grand que jai honte de te solliciter. Mais là, je vais te demander quelque chose de très concret. Je ne sais pas ce que cela signifie exactement se consacrer au Sacré-Cur, mais si tu mannonces, au cours du mois de juin qui est ton mois, la date à laquelle je vais être libérée, je serai toute à toi. »
Or, le 27 juin, le commandant du camp ordonnait aux prisonniers de préparer leurs affaires car lun dentre eux allait être libéré. « Ma libération sest déroulée de manière très différente, reconnaît-elle, mais le fait est que Jésus a tenu parole : je vis un miracle. »
"Soit on se laisse enlaidir... Soit on choisit lautre chemin"
Longuement, lancienne otage raconte son parcours de foi. « Si je navais pas eu le Seigneur à mes côtés, je ne pense pas que jaurais réussi à grandir dans la douleur, explique-t-elle. Être otage vous place dans une situation de constante humiliation. Vous êtes victime de larbitraire complet, vous connaissez le plus vil de lâme humaine. Face à cela, il y a deux chemins. Soit on se laisse enlaidir, on devient hargneux, vindicatif, on laisse son cur se remplir de rancune. Soit on choisit lautre chemin, celui que Jésus nous a montré. Il nous demande : Bénis ton ennemi. »
Un chemin quelle reconnaît « difficile ». « Pourtant, dès que je faisais lexercice de prononcer Bénis ton ennemi alors que javais envie de dire tout le contraire , cétait magique, il y avait comme une espèce de
soulagement. » Et Ingrid Betancourt, qui dit avoir vécu « un dialogue constant avec Dieu, à travers lÉvangile », de conclure : « Je sens quil y a eu une transformation en moi. »
Bien sûr, elle reconnaît avoir eu des moments de doute. « La première année, cest vrai, jétais en lutte contre Dieu. Je lui en voulais terriblement de la mort de mon père, se souvient-elle. Et puis jai compris quil fallait le remercier, car jamais papa naurait pu supporter ces six années dhorreur. Alors, oui, je peux dire que ma foi a grandi. » Cest ainsi quelle a pu approfondir son regard sur Marie : « Papa avait une grande dévotion pour la Vierge, alors que moi, je dois dire quà lépoque, je trouvais Marie un petit peu
bébête. »
Mais elle a ensuite découvert « une Marie forte, une Marie intelligente, une Marie qui a de lhumour ». Une Marie, aussi, mère comme elle : « Je pensais à sa souffrance de mère, et je lui demandais sans cesse : Marie, sil te plaît, occupe-toi de maman et de mes enfants. (
) Et en disant cela, je sentais quelle mécoutait. Et je mapaisais. »
"Par des actes, faire que les gens soient touchés"
Si elle a pu tenter de partager cette foi avec dautres prisonniers, lancienne otage dit « avoir renoncé à leur parler de lÉvangile, sans doute parce que je ne savais pas le faire ». « Mais je continuais à prier tous les jours, précise-t-elle. Et ce qui est extraordinaire, cest que plusieurs de mes compagnons mont dit plus tard quils avaient retrouvé la foi grâce à moi. » Comme son ancien compagnon de captivité John Pinchao (2).
« Parler de Dieu, cest très compliqué, conclut Ingrid Betancourt. Mais on peut, par lexemple, par des actes, faire que les gens soient touchés. » Cest aussi pour cela quelle répond aujourdhui aux nombreuses sollicitations qui se présentent à elle elle sera ainsi cet après-midi au Sénat et pourrait se rendre demain à lAssemblée nationale. « Je me sens tellement redevable, explique-t-elle encore. Je dois tellement à lamour de tous dêtre ici, que je narrive pas à dire non. »
Nicolas SENÈZE
(1) Il vient de raconter son histoire dans Évadé de lenfer (Éd. Florent Massot, 333 p., 19,90 ).
Tiré de SME-Infonet http://www.webzinemaker.com/sme/, webzine publié par la Société des prêtres du Séminaire de Québec.
Rédigé par Benoît XVI le Mercredi 27 Août 2008
Ces réflexions de Mgr Dagens, évêque d'Angoulême en France et membre de l'Académie française où il dit : «Je ne me résigne pas à la résignation ambiante sur l'avenir du christianisme» peuvent inspirer les catholiques québécois qui vivent eux aussi de tels changements que plusieurs ont envie de baisser les bras.
Quelques pistes évoquées ici pourraient s'appliquer au Québec avec bonheur. Pourquoi pas? Parler de "combativité intérieure" n'est-ce pas une ouverture vers des horizons qui dépassent "l'offre et la demande" dont Mgr Dagens dit: "Nous nous enfermons trop souvent dans la loi de l’offre et de la demande. L’Église serait du côté de l’offre, les autres, du côté de la demande. La demande n’étant pas en accord avec l’offre, il faudrait donc réviser l’offre. C’est idiot !"
L'artisan principal de la « Lettre aux catholiques de France », publiée en 1996 par l'épiscopat français, reconnaît l'affaiblissement institutionnel de l'Église. Mais il récuse les analyses statistiques sur l'avenir du christianisme, qui cachent, à ses yeux, un renouveau en profondeur et actuel de la demande spirituelle
Bonne lecture.
Mgr Claude Dagens, évêque d'Angoulême, a été élu à l'Académie française le 17 avril 2008 au fauteuil de l'historien René Rémond, décédé le 14 avril 2007. Bordelais de naissance, Mgr Dagens, âgé de 67 ans, est évêque d'Angoulême depuis 1993. Il est notamment l'auteur de la "Lettre aux catholiques", une réflexion sur la place de l'Eglise dans la société contemporaine. Ancien élève de l'École normale supérieure et ancien membre de l'École française de Rome, agrégé de l'Université, docteur en lettres et en théologie, Mgr Claude Dagens exerça son ministère de prêtre à Bordeaux, en paroisse et au séminaire interdiocésain, puis à Toulouse, où il enseigna l'histoire des origines chrétiennes tout en étant doyen de la faculté de théologie. Il fut durant six ans évêque auxiliaire de Poitiers, avant d'être nommé évêque d'Angoulême.
La Croix :
Une dizaine dannées après lenthousiasme suscité par la Lettre aux catholiques de France, la résignation semble dominer la réflexion sur lavenir des chrétiens. Quen pensez-vous ?
Mgr Dagens :
Je conteste le terme denthousiasme que vous employez. Car notre Lettre aux catholiques de France a été inégalement reçue : elle est aujourdhui ignorée de beaucoup, et surtout on la parfois comprise comme un bilan du catholicisme français à la fin du XXe siècle, avec une insistance sur notre situation supposée minoritaire.
Pourtant, cette lettre était dabord un acte de discernement à partir dune question primordiale : dans les mutations actuelles de la société et de lÉglise, quest-ce qui sefface et quest-ce qui émerge ? Et comment des catholiques relèvent-ils le défi de la foi ? Ces questions demeurent très actuelles. Et lobstacle est en effet cette résignation ambiante à laquelle je ne me résigne pas.
Les chiffres sont pourtant implacables
Nous nous laissons trop facilement déterminer de lextérieur par des évaluations statistiques : baisse de la pratique religieuse, raréfaction des prêtres, pénurie des vocations, éclatement de la mémoire chrétienne
Ou influencer par une conception de lÉglise comme groupe de pression, auquel devraient sappliquer des catégories sociales et politiques.
Au-delà de ces conditionnements, lintuition de la Lettre reste toujours valable : quels que soient les difficultés et les obstacles, nous sommes appelés à nous déterminer, non de lextérieur, mais de lintérieur de la foi, à partir du premier appel de Jésus à ses disciples, « Vous êtes le sel de la terre, vous êtes la lumière du monde. »
Comment vivre concrètement cet appel ?
En appliquant un autre critère, celui du défi. Comme en montagne, il y a deux versants : celui des difficultés et celui des possibilités. Nous avons du mal à les discerner : il y a un affaiblissement incontestable, mais il y a aussi des signes de renouveau en profondeur.
Influencés par des catégories extérieures, beaucoup ne peuvent percevoir ces signes positifs. Dans lÉglise, certains catholiques, prêtres et même évêques ne veulent pas les voir
Dans la pauvreté actuelle, se réalise pourtant une recomposition intérieure du tissu de la foi et de lÉglise.
Il faut vraiment y croire
Nous avons peut-être été trop occupés par la réforme des structures régionales et nationales de lÉglise. Avec dautres, je crains que ces réformes nous aient éloignés dun autre horizon, celui des conditions et des exigences de lévangélisation. Les conditions cest que, même en étant moins nombreux, les chrétiens forment lâme du monde.
Quant aux exigences de lévangélisation, elles pourraient tenir en deux mots : intériorité et combativité. Madeleine Delbrêl, qui vivait il y a une cinquantaine dannées dans la banlieue de Paris, la bien exprimé : la rédemption et lévangélisation narrivent pas de lextérieur mais passent à travers nous-mêmes, et à travers les gens qui viennent frapper à la porte de lÉglise.
Certains courants insistent aujourdhui sur la combativité intérieure ; ils ont raison, à condition que cette combativité de lévangélisation soit digne de Jésus. Car Lui ne vient pas de lextérieur avec la recette de la vie éternelle. Il entre chez Zachée, il parle à la Samaritaine, il marche avec les disciples dEmmaüs. Cette pastorale du cheminement exige un combat intérieur qui nous appelle à ne pas désespérer quand nous ne sommes pas compris
Quelles pistes proposez-vous pour lavenir ?
Le défi est de ne pas nous résigner à nêtre que lÉglise des catholiques pour les catholiques mais à devenir davantage lÉglise catholique du Christ qui na pas peur de vivre et dannoncer le mystère du Christ à tout être humain en attente spirituelle.
Avec quelles priorités ?
Je propose trois pistes. La première consiste à réévaluer lévangélisation ; il faut décloisonner nos propres catégories. Nous nous enfermons trop souvent dans la loi de loffre et de la demande. LÉglise serait du côté de loffre, les autres, du côté de la demande. La demande nétant pas en accord avec loffre, il faudrait donc réviser loffre. Cest idiot !
Les demandeurs de Dieu ne sont pas des clients, mais des signes de Dieu. La conversion est certes demandée pour eux mais aussi pour nous-mêmes. Sommes-nous en effet capables de les accueillir et de les aimer comme des signes de Dieu ?
Le deuxième axe touche la liturgie et lexpérience spirituelle. La liturgie est un terrain sensible, mais les signes quelle exprime peuvent parler à beaucoup de gens qui ne sont pas familiers du sérail catholique. Il nous faut pratiquer la liturgie non comme un enfermement dans la citadelle catholique mais comme le beau déploiement des signes de la vérité et de lamour de Dieu.
Lors des baptêmes, des mariages, des obsèques, je suis frappé par lattention profonde des familles et des personnes présentes : elles sont alors en état déveil et dattente. De même nous ne savons pas assez pratiquer la prière pour elle-même. Non comme un élément parmi dautres mais comme un temps gratuitement ouvert à Dieu. Cest une demande nouvelle, elle vient des plus jeunes qui attendent ces temps de recueillement et de silence.
Dernier élément, le dialogue. Il y a chez les chrétiens une capacité considérable de relations humaines. Regardez dans les municipalités des villes et villages comme les chrétiens sont sollicités et consultés. Réalisons-nous combien lÉglise catholique est profondément liée à dautres dans notre société laïque ? Il nous faut encore déployer cette capacité de relation.
Une Église idéale existe-t-elle pour demain ?
Il y a une forte tentation à chercher pour demain des solutions immédiates et radicales
Saint Augustin nous a appris à regarder lÉglise et la société comme un mélange inextricable. Dieu lui-même a choisi dhabiter notre humanité si mélangée.
De même avons-nous oublié leschatologie et sa réalité profonde : lÉternel est présent dans le temps et les signes du royaume de Dieu sont semés dans la lourde pâte de notre monde. À nous de discerner cette pédagogie divine à base de confiance.
Propos recueillis par Jean-Marie GUENOIS
dans la-Croix.com 11/11/2007 18:35
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Note du webmestre
A propos du dernier livre de Mgr Dagens Méditations sur l'Eglise catholique de France, libre et présente, publié récemnent - avril 2008 - aux éditions du Cerf, on peut lire sur le site de l'éditeur : « Ces paroles de l'apôtre Paul inspirent ce livre qui se présente comme un écho de la grande Méditation sur l'Église du Père Henri de Lubac. Mgr Dagens, qui fut, il y a une dizaine d'années, le maître d'uvre de la Lettre aux catholiques de France, a voulu livrer dans ces pages son expérience, ses épreuves et ses convictions. En contemplant le travail de Dieu au sein du peuple des baptisés, il montre comment l'Église catholique en France, tout en étant institutionnellement affaiblie, est aussi en état de renouvellement intérieur : elle se reconnaît elle-même non plus comme un bloc, mais comme un corps, peut-être usé ou blessé, mais vivant de la vie du Christ. Elle a le droit de se dire «libre et présente» dans notre société oublieuse de ses racines. Ce livre porte en lui un appel insistant : comprendra-t-on que des temps d'épreuves peuvent être aussi des temps de renaissances, et donc d'espérance ? »
Il est aussi l'auteur de La Nouveauté chrétienne dans la société française. Espoirs et combats d'un évêque (Cerf 2005, Collection L'Histoire à vif), de Le Rosaire de lumière (avec Véronique Margron, Cerf 2003), et de nombreux ouvrages en collaboration.
Tiré de SME-Infonet http://www.webzinemaker.com/sme/, webzine publié par la Société des prêtres du Séminaire de Québec.
Rédigé par Mgr Claude Dagens le Jeudi 17 Avril 2008
Retraite au Vatican pour le Carême 2008: Grâce à l'Esprit Saint, Dieu lui-même peut agir dans le chrétien, a expliqué le cardinal Vanhoye, prédicateur invité, jésuite exégète célèbre, en méditant sur le Sang du Christ, lors de la retraite qu'il a prêchée du 11 au 16 février 2008 en présence du pape et de la curie romaine.
Dans sa seconde méditaton de vendredi matin, le 15 février 2008, le prédicateur a achevé sa réflexion sur la Lettre aux Hébreux en commentant sa conclusion solennelle centrée sur la résurrection et l'alliance éternelle.
Le cardinal jésuite français a parcouru les différents niveaux d'approfondissement de la doctrine chrétienne, en passant de la compréhension initiale de la Résurrection de Jésus comme simple restitution de la vie de Dieu au Fils, à la Résurrection en tant que fruit de l'intervention de l'Esprit Saint, le souffle vital de Dieu. Le cardinal Vanhoye a souligné le lien, mis en lumière par la Lettre aux Hébreux, entre l'Esprit de vie et le sang, ce dernier déjà considéré comme sacré par les Anciens et par la Bible parce que porteur du souffle de vie. Une intuition correcte confirmée par la science lorsque l'on a découvert que c'est le sang qui oxygène le corps, et qui porte le « souffle » de la respiration humaine aux cellules.
« De même que nous respirons l'air de l'atmosphère pour oxygéner notre sang et le rendre capable de vivifier tout le corps, de même le Christ dans sa Passion, par sa prière intense a respiré' l'Esprit Saint. Pour vaincre la peur de la mort, il a prié, supplié, il a reçu l'Esprit Saint qui est entré en lui et l'a poussé à offrir sa vie en don d'amour. Nous pouvons dire que dans la Passion, le sang du Christ s'est imprégné de l'Esprit Saint, et qu'il a ainsi acquis la capacité de communiquer une vie nouvelle et de fonder la Nouvelle Alliance ».
En réfléchissant à ce nouveau rapport entre Dieu et l'homme, par le Christ, l'auteur de la Lettre aux Hébreux a lui aussi une intiuition qui, selon le cardinal Vanhoye, exprime une vérité du christianisme à une profondeur jamais atteinte jusque là. L'auteur ne souhaite pas seulement aux chrétiens de faire la volonté de Dieu mais que Dieu lui-même fasse en eux ce qui lui plaît.
« Il nous est ainsi montré ce qui me paraît être l'élément le plus profond de la Nouvelle Alliance. Le fait que nous recevons en nous l'action de Dieu. Dans l'Ancienne Alliance, Dieu prescrivait ce que l'on devait faire, à travers une loi extérieure. Ce type d'alliance n'a pas fonctionné, parce que l'homme n'est pas capable par ses seules forces d'accomplir la volonté de Dieu. C'est pourquoi le Seigneur a voulu instituer une Nouvelle Alliance : il a promis d'écrire sa loi dans le cur de l'homme, de lui donner un cur nouveau et de lui donner son Esprit (...). La Nouvelle Alliance ne consiste donc pas seulement dans la réception des lois de Dieu à l'intérieur de notre cur, mais dans la réception de l'action de Dieu même en nous ».
Dans l'Évangile de saint Jean aussi, a rappelé le cardinal Vanhoye, le Christ parle de ses uvres comme d'un don du Père. Cela vaut pour les chrétiens qui sont accompagnés dès la fondation de l'Eglise de la certitude exprimée par Jésus de pouvoir accomplir des uvres encore plus grandes que les siennes : ou plutôt, accomplies par le Christ lui-même à travers leur intelligence, leur générosité, leur dévouement.
Anita S. Bourdin
ROME, Dimanche 17 février 2008
paru dans zenit.org 2008
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Voici un extrait de son dernier ouvrage en français : « Le don du Christ. Lecture spirituelle », chez Bayard, collection Christus en mars 2005 (240 pages).
Dans cet ouvrage, le Père Vanhoye, qui est considéré comme lun des meilleurs connaisseurs de lépître aux Hébreux, nous introduit à une lecture spirituelle du mystère du Christ, tel quil peut être perçu dans la prière.
Extrait de La prière des chrétiens dans lépître aux Hébreux p. 41-42
Quelle doit être la prière des chrétiens ? Que nous dit sur la question lÉpître aux Hébreux ?
Bien entendu, nous ne trouvons pas dans cette épître un exposé méthodique sur la prière chrétienne, encore quelle nous fournisse de précieuses indications.
Pour commencer, lauteur invite les fidèles à la prière de contemplation. Dans deux passages, nous lisons une exhortation explicite dans ce sens, et dans deux perspectives différentes. Cela constitue, à mon avis, un aspect original de la prédication de lauteur, sans parallèle dans le Nouveau Testament.
La contemplation de Jésus vivant
La première invitation à la contemplation chrétienne se trouve au début du chapitre 3. Sadressant aux fidèles lauteur leur dit : Frères saints, vous qui avez en partage une vocation céleste, fixez bien votre regard sur Jésus, apôtre et grand-prêtre de la foi que nous professons : il est digne de foi pour celui qui la constitué... Dans ce texte, il sagit incontestablement de la contemplation chrétienne, parce que lauteur nappelle pas lattention sur une idée abstraite, sur quelque vérité métaphysique, mais sur la personne de Jésus ; il invite à regarder Jésus. Cette contemplation, remarquons-le, ne se réfère pas à la vie terrestre de Jésus, nimplique pas un retour au passé, mais concerne la situation actuelle de Jésus. Les fidèles sont exhortés à contempler le Christ glorieux, jouissant de sa gloire devant Dieu qui len a jugé digne. La phrase suivante évoque la gloire du Christ, supérieure à celle de Moïse. Cette orientation vers le Christ glorieux est une attitude spontanée de lauteur, qui commence chaque partie de son discours par une contemplation du Christ dans sa gloire actuelle. La situation religieuse du chrétien se définit avant tout par sa relation avec le Christ tel quil est maintenant, cest-à-dire avec le Christ vivant, avec le Christ ressuscité et glorifié, intronisé à la droite du Père ; et la prière chrétienne doit avant tout raviver cette relation, la rendre plus consciente : Fixez bien votre regard sur Jésus...
Cette prière contemplative est dune importance fondamentale pour la vie chrétienne ; elle est dune inépuisable fécondité. Quel fruit en espère lauteur ? En premier lieu, un renforcement de la foi : le Christ ressuscité est reconnu digne de foi . Il a droit à notre adhésion sans réserve : Puisque nous avons un grand-prêtre souverain qui a traversé les cieux, Jésus, le Fils de Dieu, tenons ferme la profession de notre foi (He 4,4). En second lieu, la contemplation du Christ glorifié produit une autre forme de prière, que nous pouvons appeler la prière de lécoute. En effet, lauteur joint directement son invitation à la contemplation à une exhortation à lécoute, employant les paroles du psaume 95 : Aujourdhui, si vous entendez sa voix, nendurcissez pas vos curs (He 3,7-8 ; Ps 95,7-8). Ces paroles sont répétées à trois reprises pour marquer les trois subdivisions dune longue exhortation.
La contemplation du chrétien nest par conséquent pas destinée à demeurer passive : elle nest pas une attitude de spectateurs, sans engagement. Bien plus, la contemplation de la gloire du Christ nous rend attentifs à un appel qui nous met en mouvement et produit la docilité active ; nous rend plus conscients de notre vocation céleste (He 3,1) ; nous invite à entrer dans le royaume de Dieu sans retard. La même relation contemplation-écoute est perçue dans lépisode évangélique de la transfiguration : Pierre, Jacques et Jean eurent le privilège de contempler la gloire divine du Christ, mais ils furent invités à passer de la vision à lécoute : Survint une nuée qui les prit sous son ombre, et de la nuée partit une voix : Celui-ci est mon Fils bien-aimé ; écoutez-le! (Mc 9,7). Lauteur de lépître adopte la même perspective.
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Rédigé par Hermann Giguère le Lundi 18 Février 2008
Cet article de Michel Vastel, dans le Journal de Québec de samedi le 12 janvier 2008 pose de bonnes questions et relève avec à propos le témoignage de foi de l'ex-président d'Hydro Québec, André Caillé. Bonne lecture.
Quand le ciel leur tombe sur la tête, à qui pensent les Québécois? Au bon Dieu évidemment! Que ceux qui ne l'ont jamais prié au moment des catastrophes naturelles, (tempête du verglas, inondations au Saguenay, tremblements de terre) lèvent la main.

Il y a dix ans, au plus fort de la crise du verglas, le tout-puissant président d'Hydro-Québec avoue lui-même s'être mis à prier: «J'ai regardé le ciel et je Lui ai dit, à Lui, en haut: Arrête ça, on n'en peut plus. On est au bout de nos moyens...» Et pour qu'on ne se méprenne pas, André Caillé a précisé à la radio de Radio Canada: «C'est vrai que je l'ai fait. Oui, je suis croyant. Je m'adressais à Quelqu'un qui pour moi existe réellement. J'ai prié. Je prie, moi...»
Admettez que cet aveu du grand commis de l'État québécois n'est pas commun tout de même ! L'ancien chef libéral, Claude Ryan, avait dit lui aussi qu'il s'en remettait à Dieu dans les moments de graves décisions. Il s'était fait ridiculiser. Mais la profession de foi du président d'Hydro Québec n'a pas soulevé de protestations parmi les radicaux du Mouvement laïque. Aucun rabbin ni imam ne s'est plaint que l'électricité qui éclaire sa synagogue ou sa mosquée soit impie. Et, que je sache, aucun pontife de la presse nationale n'a ridiculisé le pieux personnage. C'est comme si le col roulé d'André Caillé s'était transformé en auréole!
Surprenante cette anecdote alors qu'il est de bon ton, en certains milieux, de taper sur la religion - catholique surtout. Il y a comme une rage, chez certains, de s'en prendre au cardinal Marc Ouellet - archevêque de Québec - qui l'a bien cherché, au pauvre curé Raymond Gravel - député du Bloc - qui n'en demande pas tant, au chef de l'Action démocratique Mario Dumont qui ne le mérite pas, et aux pauvres dames patronnesses des associations catholiques de toutes sortes. Une mode, vous dis-je!
Les antéchrists
Prudents, ces antéchrists ne s'en prennent pas aux juifs ni aux musulmans. Pourquoi ne se paie-t-on pas la traite d'un imam? Ou d'un grand rabbin? Pourquoi ne blasphème-t-on pas le nom de Allah, le Dieu des musulmans, ou celui de Yahvé le Dieu des juifs ? J'avoue que c'est pour moi un grand mystère. Si on veut jouer les anticléricaux, qu'on le soit pour tous les clercs.

Jacques Grand'Maison qui, je l'espère, aura droit au respect des chroniqueurs de la génération des Cégeps, fait remarquer dans son dernier livre Pour un nouvel humanisme' (Fides): «Il y a des préjugés antireligieux doublés d'ignorance aussi déraisonnables que des croyances aveugles. Ce laïcisme a un je ne sais quoi d'intégrisme à l'envers qui contredit son discours de liberté, de tolérance, de dialogue et d'ouverture aux autres...»
Je souhaite que tous les détracteurs de la religion catholique consacrent leur talent de pamphlétaires à dénoncer toutes les religions. Car je me méfie autant des intégristes des mosquées et des synagogues que des grenouilles de bénitier. Et si, par conformisme, on n'est pas prêt à dire du mal des musulmans et des juifs, qu'on n'en dise pas non plus des catholiques, qu'on les laisse en paix et qu'on milite dans le Mouvement laïque pour compenser... Celui-ci se cherche désespérément des membres!
Notes biographiques sur Michel Vastel
Michel Vastel est journaliste pigiste dans la revue l'Actualité et au Journal de Montréal.
M. Vastel a dabord travaillé au gouvernement du Québec et au Conseil du patronat avant de reprendre son métier de journaliste uccessivement au Devoir, à La Presse et maintenant au Journal de Montréal comme chroniqueur. Il est en outre collaborateur régulier du magazine Lactualité pour les affaires canadiennes. En poste à Ottawa pendant 17 ans, il sest installé en 1995 à Montréal. Il poursuit sa chronique sur la politique du pays, portant une attention particulière à lactualité politique des capitales provinciales du Canada anglais. Auteur dun premier livre, Le Neveu, en 1987, Michel Vastel a également écrit quatre biographies de premiers ministres Trudeau le Québécois en 1989, Bourassa en 1991, Lucien Bouchard, en attendant la suite
en 1995, Landry, le grand dérangeant en 2001 et Nathalie Simare en 2005. Lire sont commentaire sur la religion et la politique sur son blogue le 11 janvier 2008On peut lire son blogue en tapant ici
Notes biographiques sur André Caillé
André Caillé est administrateur de sociétés.
Monsieur André Caillé a été président et chef de la direction dHydro-Québec de 1996 jusquà 2004. Après avoir obtenu un doctorat en physicochimie de lUniversité de Montréal en 1968, il a été professeur et coordonnateur à lInstitut national de la recherche scientifique jusquen 1974. Par la suite, il a oeuvré dans le domaine de lenvironnement; il fut sous-ministre de lenvironnement du Québec jusquen 1982. Cette année-là, il passe chez Gaz Métropolitain où de 1987 à 1996 il occupera le poste de président et chef de la direction. En novembre 2001, lInstitut dadministration publique du Québec lui a attribué le Prix Pierre Decelles pour souligner lexcellence de sa gestion et son influence dans ladministration publique québécoise. En 2003, M. Caillé est devenu chancelier de
luniversité de Montréal qui lui avait décerné un doctorat honoris causa en mai 2002.M.Caillé siège sur plusieurs conseils dadministration
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Rédigé par Michel Vastel le Dimanche 13 Janvier 2008
L'existence de Dieu est une question oubliée dans la philosophie contemporaine. Ne pas la poser va-t-il de soi? L'abandon de cette interrogation marque un appauvrissement et a tout à voir avec une transformation de la notion d'existence. Les réflexions de Jean Grondin, professeur à l'Université de Montréal, auteur spécialiste de la philosophie allemande et de l'histoire de la métaphysique sont des plus stimulantes. Les livres du professeur Grondin sont traduits dans une dizaine de langues.
Il fut un temps où les philosophes n'avaient pas de souci plus pressant que de traiter de l'existence de Dieu. La question a tenu en haleine les plus grands esprits, Aristote, Cicéron, Augustin, Thomas d'Aquin, Descartes, Spinoza, Kant, Hegel et tant d'autres, mais elle est un peu disparue de nos débats philosophiques. Il est permis d'y voir un appauvrissement. Aujourd'hui, on demande aux philosophes de se justifier en montrant que leurs idées permettent d'éclairer tel ou tel problème politique ou social qui agite les manchettes.
Il se pourrait qu'on confonde ici la philosophie avec la science politique ou le journalisme (digne profession, par ailleurs). La philosophie ne peut guère se justifier qu'en étant elle-même, donc en demeurant fidèle à ses interrogations fondamentales.
La question de l'existence de Dieu en fait partie. Ici, le terme le plus difficile, le plus mécontemporain, est sans doute celui de Dieu. Or, par déformation philosophique, je me concentrerai sur le premier, l'existence, qui sera le terme le moins problématique pour le commun des mortels. (C'est pourquoi je n'aborderai pas du tout ici le débat assez malheureux, mais très ancien, sur l'intelligent design.)
Le triomphe du «nominalisme»
C'est que la plupart des esprits, pour peu qu'ils y réfléchissent, s'entendront sans peine sur le sens à donner à la notion d'existence: exister, c'est être plutôt que de n'être pas, c'est-à-dire survenir réellement dans l'espace, existence qui se laisse attester par nos sens. Cette table ou ce journal existent, par exemple, parce qu'ils sont là devant moi, observables, etc. On ne le sait pas toujours, mais c'est là une conception bien particulière, et relativement récente, de l'existence, qu'on peut qualifier de nominaliste. Pour le nominalisme n'existent que des réalités individuelles, matérielles, donc perceptibles dans l'espace et dans le temps.
Ainsi, pour le nominalisme, les tables et les pommes existent mais les licornes ou le père Noël n'existent pas, ce sont des «fictions». Pour lui, les notions universelles n'existent pas non plus, ce ne sont que des noms (d'où l'appellation de «nominalisme»), des inventions servant à désigner un ensemble d'individus possédant telle ou telle caractéristique commune, individuellement perceptible.
C'est là une conception de l'existence si évidente, qui détermine de façon si puissante notre pensée, que nous oublions tous qu'il s'agit d'une conception bien particulière de l'existence, celle qui accorde la priorité exclusive de l'être à l'existence individuelle et contingente.
Il est au moins une autre conception de l'être qui est plus ancienne et contre laquelle la conception nominaliste s'est patiemment élaborée. Au vu de la conception moderne et nominaliste, c'est une conception qui paraîtra bizarre au possible, a fortiori à notre époque. C'est la conception qui comprend l'être non pas comme existence individuelle mais comme manifestation de l'essence, dont l'évidence est première. L'essence est ici première! Cela nous paraît incongru parce que, pour nous, l'essence est seconde, elle se surajoute, «par abstraction», à l'existence individuelle.
Or cette conception était celle des Grecs, de Platon notamment, pour qui l'individuel possède une réalité de second degré. Il est effectivement second par rapport à l'évidence combien plus éblouissante de l'essence (ou de l'espèce, car il s'agit du même terme en grec: eidos) qu'il représente: ainsi, par exemple, un être humain ou une chose belle n'est qu'une manifestation (bien éphémère!) d'une essence (ou d'une espèce). L'essence, comme son beau nom l'indique bien (esse), renferme l'être le plus plein parce que le plus permanent.
Cette conception qui nous paraît si insolite a pourtant porté la pensée occidentale jusqu'à la fin du Moyen Âge. Elle fut critiquée par les auteurs qu'on a appelés nominalistes, dont Guillaume d'Occam (fin XIIIe-1350). Assez ironiquement, sa motivation était avant tout théologique: c'est qu'il estimait que la toute-puissance de Dieu, dont le Moyen Âge tardif avait une vive conscience, paraissait incompatible avec un ordre d'essences éternelles qui viendrait en quelque sorte la limiter.
Si Dieu est tout-puissant, il peut à tout moment bouleverser l'ordre des essences, faire en sorte que l'homme puisse voler, que les citronniers produisent des pommes, etc. Pour Occam, les essences ne sont donc que des noms et succombent à son proverbial rasoir.
Cette conception fut contestée à son époque (entre autres parce qu'elle apparaissait incompatible avec le dogme de l'eucharistie, où la transformation de l'essence est cruciale), mais elle a fini, lentement mais sûrement, par triompher dans la modernité, au point d'éclipser totalement l'autre vision de l'existence.
Ainsi n'existent plus pour la modernité que des entités individuelles et matérielles. Connaître ces réalités, ce n'est plus connaître une essence (car elle existe de moins en moins) mais repérer des régularités ou des lois au sein des réalités individuelles, posées comme premières (même si, pour un Newton, voire pour Einstein lui-même, connaître les lois mathématiques du monde, c'était encore entrapercevoir l'essence divine: «J'affirme que le sentiment religieux cosmique est le motif le plus puissant et le plus noble de la recherche scientifique», affirma Einstein).
Cette conception de l'existence pénètre de part en part la science de la modernité, et il n'est pas surprenant qu'elle ait dominé sa pensée qu'on peut dire «politique», où la prééminence de l'individu s'impose de plus en plus comme la seule réalité fondamentale. Dire que nous vivons dans une société de plus en plus individualiste est la plus triviale banalité du monde. C'est que dans un tel contexte, celui de la modernité, il va de plus en plus de soi que toutes les essences, donc toutes les réalités plus universelles, sont devenues problématiques. On parle depuis peu d'«identité» pour tenter de sauver ces solidarités plus universelles, mais il va de soi, pour le nominalisme ambiant, qu'elles sont secondes et improbables. Il s'agit en fait d'un diaphane souvenir de l'essence qui semble irrémédiablement perdue.
De la science au nominalisme
Ce nominalisme va bien sûr de pair avec l'attention que la science moderne prête à ce qui est immédiatement constatable. Les concepts et les idées qui intéressaient la science traditionnelle sont tous devenus douteux et seconds. Même les sciences humaines, devenues «sociales» dans la foulée de ce processus, ont besoin de positivités individuelles et spatialement observables.
C'est que les idées ne sont plus des manifestations de l'être mais des «faits de société» dont on imagine qu'ils peuvent faire l'objet d'une observation empirique. On calque ici sur les sciences humaines une conception de l'être très évidemment empruntée aux sciences de la réalité physique (à laquelle se réduit désormais tout être). Je n'ai pas l'espace ici pour aborder toutes les implications scientifiques et politiques de cette conception. (Il va de soi, par exemple, que le phénomène du nihilisme trouve sa racine dans le nominalisme.)
Je me contenterai de revenir à mon thème de départ, celui de l'existence de Dieu. C'est une lapalissade de dire que l'existence de Dieu doit nécessairement faire problème dans un cadre nominaliste: Dieu existe-t-il comme une pomme ou une fourmi? Assurément, non. Donc, Dieu n'existe pas pour la modernité, et s'il existe encore dans les croyances, ce n'est justement, pense-t-on, que comme la fiction à laquelle certains individus restent attachés en raison de leurs origines ou de leurs angoisses. La foi n'est plus ici qu'une «attitude» individuelle et subjective, donc problématique.
Mais cela est aussi vrai de toutes les convictions fondamentales, dont on parle depuis peu, empruntant un vocable à l'économie du XIXe siècle, en termes de «valeurs». Entendons: elles valent, c'est-à-dire qu'elles sont rentables, pour tel et tel sujet. Mais cette valeur ne renvoie plus à rien d'objectif. C'est une des conséquences de l'empire du nominalisme.
La conception qui faisait de l'être une manifestation de l'essence, aussi étrange puisse-t-elle paraître, n'avait pas ces difficultés. Car c'est là un phénomène qui ne manque pas de frapper celui qui s'intéresse au phénomène religieux: c'est que l'existence de Dieu n'y fasse jamais problème. Je ne suis pas sûr de connaître des textes de l'Ancien ou du Nouveau Testament, ou du Coran, où l'existence de Dieu fasse réellement problème, où, par exemple, la question de Thomas d'Aquin, «an sit Deus?», «est-il un Dieu?», ait sérieusement été posée. Elle l'est peut-être ici ou là (dans le Psaume de l'insensé, par exemple) mais n'est nullement centrale.
Cela est plus saisissant encore dans la «religion» grecque: il y a des dieux, car il y a partout des manifestations de l'essence divine. Il s'agit, aimerais-je dire, de l'expérience première de l'être. Elle est si évidente que la question du rapport aux dieux ne se pose jamais, pour les Grecs de l'époque classique, en termes de «croyance». Certes, les spécialistes modernes se posent parfois la question à savoir si les Grecs «croyaient» en leurs dieux, mais ils plaquent sur les Grecs leur vocabulaire nominaliste et moderne.
Un autre indice en est que les Grecs ne se sont jamais interrogés sur l'existence effective d'Ulysse ou de la guerre de Troie, autour desquels gravitaient leurs épopées, alors qu'il s'agit pour l'observateur moderne de questions primordiales (et qui nous empêchent sans doute de comprendre de quoi il y est question). Il faut croire que les Grecs avaient d'autres priorités: il s'agissait pour eux de puissantes manifestations de l'être et du divin. La conception nominaliste de l'être n'existait pas vraiment.
La foi n'est pas un choix
La question du christianisme est intrigante ici. C'est qu'à la différence des Grecs, et dans la continuité du judaïsme, il accorde une plus grande place à la foi, par laquelle nous sommes sauvés, dit même saint Paul. Mais comment comprendre cette foi? C'est là une tâche difficile, surtout pour nous, modernes, qui associons la foi à une forme faible et inférieure de savoir qui relèverait d'un «choix personnel».
Peut-on dire que la foi (pistis) dont il est question dans les textes bibliques relève vraiment d'un choix personnel de l'individu tout-puissant? Ce n'est guère le sentiment qu'on a en lisant ces textes. La foi désigne plutôt un «se tenir» dans l'évidence de l'essence divine, un «se savoir» enveloppé de sa fidélité, qui n'a rien à voir avec un choix qui serait le nôtre.
L'imperfection du nominalisme
Il est un dernier phénomène qui m'intéresse ici, celui de la religion. Assez ironiquement, la modernité y accorde beaucoup d'importance. Or chacun sait que c'est un terme qui n'existe pas en grec. On peut bien sûr, si on y tient, parler de la religion des Grecs, mais les Grecs ne le faisaient pas.
C'est qu'il n'y avait pas, pour eux, une sphère de leur existence qui relevait en propre de la croyance. Les dieux étaient partout, si bien que le rapport à eux ne s'exprimait jamais en termes de «religion».
À ma connaissance, le Nouveau Testament, écrit en grec, n'en parle pas non plus. Et un auteur aussi tardif que Thomas d'Aquin, bien que marqué par le nominalisme, reconnaîtra à la religion un statut assez régional dans une lointaine section de sa Somme: la religio se limite chez lui aux exercices de dévotion de l'homme envers le divin (la prière, par exemple).
Nous sommes ici bien loin d'une conception nominaliste de l'être. Pour elle, la religio fait évidemment problème car elle ne renvoie littéralement à rien, à rien d'assignable. Comment étudier alors la religion? On l'étudie, conformément à la conception nominaliste de l'être, par son seul côté observable: en analysant ses pratiques dans les diverses sociétés, donc sociologiquement.
Mais il se pourrait alors qu'on passe à côté de son essence. Sa puissante survivance dans nos sociétés contemporaines (81 % des Canadiens et des Québécois se disent croyants), si désarçonnante pour les philosophes, a le bonheur de nous rappeler que la conception nominaliste de l'être n'est peut-être pas la seule.
Ces réflexions sont parues dans le journal Le Devoir du samedi 12 janvier et dimanche 13 janvier 2008
Tiré de SME-Infonet http://www.webzinemaker.com/sme/, webzine publié par la Société des prêtres du Séminaire de Québec.
Rédigé par Jean Grondin le Dimanche 13 Janvier 2008
Télesphore Gagnon, p.s.s. Directeur du Département de philosophie de l'Institut de Formation Théologique de Montréal, Grand Séminaire de Montréal
Après avoir vécu trois siècles sous le principe de catholicité, il est difficile maintenant d'apprendre à vivre sous le principe de laïcité énoncé il y a deux mille ans : « rendez à césar ce qui est à césar, et à dieu ce qui est à dieu ». Mais encore faut-il comprendre ce principe, d'une manière générale, dans la société, dans l'état et chez les individus. En général, le principe de laïcité signifie distinction entre communauté politique et religions. Mais distinction ne veut pas dire ignorance! Laïcité ne veut pas dire laïcisme! Il serait réducteur de lire l'histoire en oubliant ce que le christianisme a apporté à la culture et aux institutions occidentales : la dignité de la personne humaine, la liberté, l'éducation, les uvres de solidarité. Sans sous-estimer les autres traditions religieuses, il reste que l'Occident s'est affirmé en même temps qu'il était évangélisé.
Dans la société, tout le monde s'accorde à respecter le sentiment religieux des individus, mais il faudrait en dire autant du « fait religieux », celui de la dimension sociale des religions. La démarche religieuse de l'homme ne peut pas être considérée comme un simple sentiment personnel. La nature profonde de l'homme est d'être à la fois personnelle et sociale dans toutes ses dimensions, y compris dans sa dimension spirituelle. La religion ne peut pas être uniquement cantonnée dans la sphère du privé. Ce serait rejeter tout ce qu'elle a de collectif dans sa vie propre et dans les actions sociales et caritatives qu'elle mène au sein même de la société envers toutes les personnes, sans distinction de croyances philosophiques ou religieuses. Tout chrétien ou tout adepte d'une religion a le droit, dans la mesure où cela ne remet pas en cause la sécurité et la légitime autorité de l'État, d'être respecté dans ses convictions et dans ses pratiques, au nom de la liberté religieuse, qui est un des aspects fondamentaux de la liberté de conscience.
Une religion suscitera le dynamisme de la majorité de la population d'un pays si elle a été entretenue pendant plusieurs générations en tant qu'elle a imprégné pendant des siècles toute l'évolution du système social. On ne peut pas remplacer le christianisme par quelqu'autre religion qui commence à s'y enraciner. Notre société a vécu jusqu'à nos jours sur un terreau de chrétienté dont les idées et les préceptes sont toujours irremplaçables.
Du côté de l'État, le principe de laïcité implique la nécessité d'une juste séparation des pouvoirs. Il y a une différence entre une légitime et saine laïcité et un type de laïcisme idéologique ou de séparation hostile entre les institutions civiles et les confessions religieuses. Il ne s'agit pas d'un retour à des formes d'État confessionnel. La référence publique à la foi ne peut porter atteinte à la juste autonomie de l'État et des institutions civiles. Si historiquement des erreurs ont été commises, même chez les croyants, il faut bien le reconnaître, cela ne doit pas être porté au compte des « racines chrétiennes », mais de l'incohérence des chrétiens.
Enfin, du côté de l'individu, la société doit pouvoir admettre que des personnes puissent faire état de leur appartenance religieuse dans le respect d'autrui et des lois du pays. Sinon on court le danger d'un repliement identitaire et sectaire ainsi que de la montée de l'intolérance, au risque d'entraver la convivialité et la concorde au sein de la société. Vécue dans le respect de la saine laïcité, la démarche religieuse est une source de dynamisme et de promotion de l'homme. La laïcité, bien comprise, loin d'être le lieu d'un affrontement, est véritablement l'espace pour un dialogue constructif, dans l'esprit des valeurs de liberté, d'égalité et de fraternité.
le 31 décembre 2007 9:59:09 PM sur le site missa.org
Tiré de SME-Infonet http://www.webzinemaker.com/sme/, webzine publié par la Société des prêtres du Séminaire de Québec.
Rédigé par Télesphore Gagnon le Samedi 5 Janvier 2008
Sur le sujet de la place du christianisme dans l'histoire de l'Occident, un compte rendu des plus intéressants du livre de Paul Veyne: Quand le monde est devenu chrétien (313-394), Paris, Éditions Albin Michel, « Idées », 2007, 320 p. (ISBN 978-2-226-17609-7). Paul Veyne, né le 13 juin 1930 à Aix-en-Provence, est un archéologue et historien français, spécialiste de la Rome antique. Ancien élève de l'École normale supérieure, membre de l'École française de Rome (1955-1957), il est professeur honoraire au Collège de France.
Christian Rioux intitule son compte rendu dans le journal Le Devoir du 21 décembre 2007 "Lettre d'un incroyant". "L'ouvrage a beau s'intéresser au premier empereur chrétien, Constantin, j'en recommanderais la lecture à tous les membres de la commission Bouchard-Taylor et même à quelques chroniqueurs. Disons d'abord, écrit Christian Rioux, pour éviter toute confusion, qu'il s'agit du livre d'un 'incroyant'. L'auteur le précise dès l'introduction. Incroyant, mais pas inculte. À l'heure où la mode consiste à dénigrer tout ce qui ressemble à un catholique, n'est-il pas fascinant de voir un incroyant décrire le christianisme dans des mots que n'oserait plus prononcer un évêque?"
Et après avoir résumé le propos de Paul Veyne ( cliquez ici pour avoir tout le texte de Christian Rioux en format PDF), le journaliste chroniqueur fait une application bien concrète.
" Quand notre monde est devenu chrétien est la démonstration sublime qu'un enseignement laïque des religions ne trouve son sens que dans le cadre d'un rigoureux programme d'histoire et non dans des cours bêtement destinés à prêcher la tolérance. Il devrait intéresser les Québécois plus que n'importe qui. On ne trouve pas beaucoup de nations dont la courte existence ait été autant façonnée par les idées chrétiennes. C'est en partie sur elles que fleurit notre laïcité. C'est un incroyant qui le dit! Un incroyant qui pourrait même vous souhaiter joyeux Noël..."
Christian Rioux est chroniqueur et journaliste au journal "Le Devoir". En poste à Paris depuis plusieurs années, il commente lactualité française et québécoise dune façon stimulante qui tranche avec les opinions communes sur plusieurs questions dimportance pour le Québec et son avenir. Après avoir proposé en 2001 un "Voyage à lintérieur des petites nations" (Boréal), où il sintéressait à ces petits peuples qui incarnent au sens fort la diversité du monde, il a récemment rassemblé plusieurs de ses écrits sur les États-Unis dans "Carnets dAmérique" (Boréal).
Christian Rioux est aussi associé à l'Observatoire sur les États-Unis de la Chaire Raoul-Dandurand en études stratégiques et diplomatiques de l'Université du Québec à Montréal. Son expertise porte sur la politique internationale, la politique étrangère américaine et européenne, les relations Europe Amérique, la situation des peuples minoritaires.
Texte complet de Christian Rioux en format PDF
Tiré de SME-Infonet http://www.webzinemaker.com/sme/, webzine publié par la Société des prêtres du Séminaire de Québec.
Rédigé par Christian Rioux le Dimanche 23 Décembre 2007
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