Dans un article intitulé "Les fonds souverains volent au secours des banques" le journal LE MONDE pose la question: est-on à la veille d'une large recomposition de l'actionnariat des banques mondiales ? On trouvera à la fin de cet article la liste des principaux fonds souverains qui existent actuellement.


FONDS SOUVERAINS : UNE MENACE?
Après le numéro un mondial Citigroup, écrit le journal, les britanniques Barclays et Standard Chartered, ou le bancassureur belgo-néerlandais Fortis, au cours des dernières semaines, l'Union des banques suisses (UBS), fleuron du capitalisme helvétique, a annoncé, lundi 10 décembre, l'arrivée à son capital d'un fonds souverain. Un fonds public émirati, Investment Corporation of Dubai, a, pour sa part, discuté cette semaine des perspectives de "coopération" avec la banque américaine d'investissement JP Morgan.

Ces fonds souverains viennent à la rescousse d'une industrie bancaire déstabilisée par la crise des subprimes, ces crédits immobiliers à risques américains qui ont déjà coûté 80 milliards de dollars aux banques (54,3 milliards d'euros).

Ainsi, l'Agence d'investissement du gouvernement de Singapour (GIC) va investir 11 milliards de francs suisses (6,6 milliards d'euros) dans UBS, pour l'aider à faire à une crise financière susceptible de lui valoir, en 2007, les premières pertes de son histoire. Un "second investisseur stratégique du Moyen-Orient", dont l'identité n'est pas révélée, apportera aussi 1,2 milliard d'euros. Ces mises de fonds, réalisées sous la forme d'obligations convertibles en actions, permettront aux deux investisseurs d'acquérir entre 9 % et 12 % de la dixième banque mondiale. Et sont assorties de sièges au conseil d'administration.

L'offensive des fonds des pays du Golfe, de Chine ou de Russie, qui touche toutes sortes d'actifs stratégiques dans les pays occidentaux (industrie, distribution...), témoigne de la puissance d'investissement de ces nouveaux acteurs de l'économie. Entre l'envolée des prix des matières premières, dont le pétrole, et les excédents commerciaux reflétant la croissance spectaculaire de leurs économies, ils sont gorgés d'argent qu'ils ne savent plus où investir. "Ils ont, plus que d'autres, la capacité de mobiliser des sommes colossales et de prendre des paris à long terme sur les entreprises", explique Nicolas Véron, économiste au centre Bruegel.

Selon la Deutsche Bank, ces fonds étatiques géreraient plus de 3 000 milliards de dollars d'investissements, soit deux fois plus que l'industrie des fonds spéculatifs (hedge funds). Leur fortune pourrait atteindre 10 000 milliards de dollars dans dix ans.

PRÉSENTS EN FRANCE

"Ils redessinent les lignes de force d'une économie mondiale dont ils sont devenus les poches profondes", estime M. Véron. Pour l'économiste, l'intérêt croissant des fonds souverains pour la finance pourrait leur permettre de briser leur isolement et d'en finir avec l'ostracisme dont fait preuve à leur égard l'Occident. "C'est une porte d'entrée judicieuse dans le monde des affaires, dans l'establishment occidental", commente M. Véron.

De fait, si les fonds souverains font peur, de plus en plus de voix s'élèvent pour réhabiliter leur action. " Ne faisons pas preuve de racisme en économie, s'insurge Olivier Pastré, professeur à Paris-VIII. Le retour de l'Etat n'est pas forcément un mal. Ces fonds n'ont pas encore montré qu'ils étaient néfastes. Au contraire, ils peuvent être utiles à un moment où les banques risquent de manquer de capitaux."

Ces fonds souverains joueront-ils un rôle dans la gouvernance des banques ? Sans doute, de l'avis consensuel des économistes, pour qui ces investissements financiers prendront vite un caractère stratégique. "Que vaut-il mieux pour une banque : accueillir un fonds souverain à son capital, et engager un dialogue serein avec lui, ou se faire déstabiliser par un fonds spéculatif, pour finir vendue à la découpe ?", interroge M. Pastré, en rappelant l'affaire ABN Amro. Attaquée par un fonds qui contestait sa gestion, la banque néerlandaise fait actuellement l'objet d'une vente par appartements.

La question du recours aux fonds souverains ne se pose pas en France, où les banques sont solidement capitalisées et, à ce jour, souffrent moins de la crise que leurs consoeurs américaines, britanniques et allemandes. Cependant, rapporte un banquier, les grandes banques françaises ont des fonds souverains parmi leurs actionnaires, à des niveaux inférieurs aux seuils de déclaration réglementaires.

C'est le cas de BNP Paribas, dont seraient actionnaires, pour quelques pour cents, des fonds saoudiens, koweïtiens et des émirats. "Nous les voyons régulièrement et entretenons avec eux un vrai dialogue. Ils ont, comme les fonds de pension, une stratégie de long terme, qui nous convient", confirme un proche de la direction.


Anne Michel

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CHIFFRES

N.B. Pour fins de comparaison au 31 décembre 2006, l’actif net des déposants de la Caisse de dépot et placement du Québec était de 143,5 milliards de dollars, par rapport à 122,2 milliards de dollars en 2005, en hausse de 21,3 milliards de dollars. La Caisse de dépôt et placement du Québec a été créée en 1965 par une loi de l’Assemblée nationale, pour gérer les fonds recueillis dans le cadre d’un régime de retraite universel alors nouvellement créé : le Régime de rentes du Québec.


Les principaux fonds d'investissements souverains, selon le classement établi par la Deutsche Bank en septembre :

1 - EMIRATS ARABES UNIS :

Abu Dhabi Investment Authority (ADIA), 875 milliards de dollars (594 milliards de dollars d'euros), créé en 1976.

2 - SINGAPOUR :

Government of Singapore Investment Corporation (GIC), 330 milliards de dollars, créé en 1981.

3 - NORVÈGE :

Government Pension Fund Global (GPFG), 322 milliards de dollars, créé en 1990.

4 - ARABIE SAOUDITE :

divers fonds, pour 300 milliards de dollars.

5 - KOWEIT :

Kuwait Investment Authority (KIA), 250 milliards de dollars, créé en 1953.

6 - CHINE :

China Investment Company Ltd (CIC), 200 milliards de dollars, créé en 2007.


Article paru dans l'édition du 12.12.07 du journal LE MONDE

• Mis sur le site internet LE MONDE le 11.12.07 | 13h17
• Mis à jour le 11.12.07 | 14h16


Tiré de SME-Infonet http://www.webzinemaker.com/sme/, webzine publié par la Société des prêtres du Séminaire de Québec.
Rédigé par Hermann Giguère le Mardi 11 Décembre 2007

a proximité avec nos défunts: les défunts sont-ils morts? Homélie pour la Commémoration des fidèles défunts au Séminaire de Québec, le 2 novembre 2007. Année C. Textes de l'Écriture: Job, 19, 1.23-27a; 1 Th 4, 13-14.17d-18; Jean 14,1-6:


LES DEFUNTS SONT-ILS MORTS?
Ce jour de la commémoration des fidèles défunts revient chaque année nous rappeler ceux et celles qui nous ont quittés. Nous en profitons pour prier pour les disparus. Nous porterons donc dans la commémoration de ce jour nos parents, nos amis et tous ceux et celles qui nous restent proches au delà de la mort.

En effet, la commémoration des fidèles défunts nous permet de ressentir, d'expérimenter et vivre une dimension de la relation à l'autre qui ouvre sur une proximité au-delà des cadres habituels reçus et vécus.

I- Une proximité dans une continuité de vie

Nos défunts ne sont pas partis. La mort est une fin, mais pour le croyant elle est aussi un accomplissement où il entre dans la vie qu'il a entretenue depuis sa naissance à la vie nouvelle par le baptême.

Saint Paul le dit avec conviction aux Thessaloniciens dans la seconde lecture: « Il ne faut pas que vous soyez abattus comme les autres, qui n'ont pas d’espérance. Jésus nous le croyons est mort et ressuscité; de même nous le croyons, ceux qui se sont endormis, Dieu, à cause de Jésus, les emmènera avec son Fils. Ainsi, nous serons pour toujours avec le Seigneur. »

Vous voyez, le terrain où nous amène saint Paul est celui d'une proximité dans une dimension nouvelle. Comment ne pas s'en inquiéter, sinon en développant au fond de nous cette espérance dont le support est Celui qui est devenu le Premier-né d'une multitude de frères et soeurs?

Vivre la mort comme un passage n'est pas seulement une consolation, c'est une condition inhérente au devenir chrétien à la suite de Jésus.

Ce passage sera le lot de chacun de nous un jour ou l'autre. C'est pourquoi, la proximité avec le Seigneur commence déjà dans nos gestes, dans nos prières, dans nos espoirs et dans nos attentes. En développant en nous les sentiments qui furent les siens, nous entrons déjà dans cette proximité de vie, après la mort, où « nous serons pour toujours avec le Seigneur ».

On comprend ainsi que l'évangile de Jean dans cette superbe méditation du chapitre 14 que nous venons d'entendre résume en cette formule-choc de la primauté et la centralité, pourrait-on de Jésus, « le Chemin, la Vérité et la Vie ».

À l'heure où il passait de ce monde à son Père, Jésus met en évidence l'importance de la proximité avec lui sur le plan du cheminement de chacun et de chacune : « Moi, je suis le Chemin », sur le plan de la raison qui cherche à comprendre : « Moi, je suis la Vérité » et sur le plan de l'existence, de l'expérience de vie : « Moi, je suis la Vie ».

II- Une vie avec le Seigneur Jésus Christ, le point synthétique de la vie

Ce résumé de la formule célèbre si souvent reprise ne l’épuise pas loin de là. Elle est d’une telle richesse que la méditation de chacun peut en tirer sans cesse des choses nouvelles. Cette parole a soutenu nos frères défunts qui ont mis eux aussi Jésus Christ au centre de leur vie.

N’est-ce pas ce qui nous a inspiré nous aussi au moment de nos choix de vie ? N'est-ce pas ce dont a besoin notre Église ? N'est-ce pas ce que le jeunes générations cherchent dans le « vide spirituel » auquel faisait référence le Cardinal Ouellet dans son intervention devant la Commission Bouchard-Taylor le 30 octobre 2007 ?

N’est-ce pas ce que des penseurs comme Teilhard de Chardin et Hans Uvon Balthasar nous ont légué ?

Le premier insiste dans son ouvrage Le Milieu divin pour que le croyant prenne conscience que tout est récapitulé dans le Christ : le phénomène humain comme le monde de la matière qui tendent sans cesse vers le Christ, point Oméga, aboutissement et canal de l'accomplissement parfait de la vie avec le Seigneur pour reprendre l'expression de saint Paul citée plus haut.

Le second écrit cette profession de foi percutante : « Au point de vue chrétien, le point synthétique se trouve, entre Dieu et le monde, et l'intégration concrète du monde dans le mouvement vers Dieu passe toujours par le Christ » .

Le « point synthétique » chrétien, pour reprendre l'expression de Balthasar est, en définitive, « l'imitation de Jésus-Christ », le seul et unique modèle parce que tout est « par Lui, avec Lui, en Lui » (doxologie de la prière eucharistique).

Les « imitateurs », comme les saints canonisés et tous ceux et celles qui choisissent la norme de l'Évangile comme la référence unique de leur existence, tracent des voies d'actualisation, d'appropriation dans leur histoire et dans le temps qui servent servir à rendre le Christ visible dans des figures, des réalisations, des gestes, des paroles qui lui donnent un visage pour leur temps et leurs milieux.

L'évangile de Matthieu ne nous rapporte-t-il pas ces paroles étonnantes de Jésus : « Vous êtes le sel de la terre [...]. Vous êtes la lumière du monde [...]. Ainsi votre lumière doit-elle briller devant les hommes afin qu'ils voient vos bonnes œuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux » (Mt 5, 13 16).

Conclusion

Nos défunts ont cherché à suivre ce Chemin qu’est le Christ Vérité et Vie. Dans cette proximité que nous reconnaissons avec eux et avec elles, cette commémoration des fidèles défunts nous incite aujourd’hui à être nous aussi des chercheurs et des chercheuses de Dieu dans notre monde et dans notre temps.

Ainsi nous pouvons annoncer déjà dans cette Eucharistie à travers les signes du pain et du vin partagés que le Règne de Dieu est parmi nous et que la mémoire des disparus nous habite chaque fois que nous refaisons les mêmes gestes et que nous redisons les mêmes paroles de Jésus le soir du Jeudi-Saint « jusqu’à ce qu’il vienne » comme dit saint Paul (I Co 11, 26).


Amen !

Mgr Hermann Giguère, prêtre, P.H.
Supérieur général du Séminaire de Québec

le 2 novembre 2007

Tiré de SME-Infonet http://www.webzinemaker.com/sme/, webzine publié par la Société des prêtres du Séminaire de Québec.
Rédigé par Hermann Giguère le Vendredi 2 Novembre 2007

Réflexions

STABAT MATER
« Debout, la mère des douleurs Près de la croix était en pleurs Quand son Fils pendait au bois.» Cette traduction française de la première strophe du "Stabat mater dolorosa» situe le cadre de notre méditation d'aujourd'hui. Elle reprend poétiquement le texte de l'évangile de Jean que nous venons d'entendre. Cette scène si forte inspire l'auteur de l'Épître aux Hébreux dont la liturgie a retenu un court passage qui inspirera mes réflexions.

I - Un nouvel enfantement

L'auteur de l'Épître aux Hébreux fait dire au Christ un peu plus loin dans sa méditation : « Tu m'as façonné un corps; voici, je suis venu pour faire ta volonté » (Hébreux 10, 5.9).

Ce corps reçu de Dieu c'est lui que contemple au pied de la croix la Mère de Jésus, Marie femme de Cléopas et Marie-Madeleine et l'apôtre Jean. Ce corps déchiré et meurtri marque la perfection de l'accomplissement de la volonté de Dieu. "Bien qu'il soit le Fils, il a pourtant appris l'obéissance par les souffrances de sa Passion; et, ainsi conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel.» Le Serviteur souffrant donne sa vie pour la multitude.

Ce corps lacéré, à bout de souffle, défiguré, c'est celui que Marie a formé dans sa chair pendant neuf mois. Elle est là. C'est elle-même qui est sur la Croix. Une mère peut-elle voir son enfant ainsi traité sans en ressentir une douleur extrême, sans devenir une «mère en douleur»? Elle participe à un nouvel enfantement.

C'est en ces moments que s'accomplit le chant des anges à Bethléem: « Un enfant vous est né. Un sauveur vous est donné ». C'est en ces moments que le fils de Marie devient le Sauveur d'une multitude de frêres et de soeurs, que l'amour de Dieu vient à la rencontre de l'humanité par le Corps et le Sang versé de celui qui est sur la croix. De ce corps transpercé par la lance du soldat sortiront du sang et de l'eau. De ce corps naîtra un peuple nouveau, une foule immense des quatres coins de la terre.

Voilà la beauté de cette scène de l'évangile que nous venons de lire. Oui! au pied de la Croix la Mère des douleurs devient la Mère de l'Église, de ce peuple nouveau des baptisés. « Femme, voici ton fils ».

C'est pourquoi, l'Église nourrit depuis les temps anciens une telle dévotion à Marie, Mère de Dieu et Mère de l'Église. « Voici ta mère ».

II - Toujours vivant, le Christ ne meurt plus

Ce n'est pas tout. Ce corps battu par les lanières des fouets, crucifié, percé par la lance, celui du Sauveur qui a été l'instrument dont celui-ci s'est servi pour accomplir la volonté de Dieu jusqu'au bout ne meurt plus, car le Christ est ressuscité et il est devenu puissant pour nous sauver, « il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel.»

Naissance dans la douleur au pied de la Croix, naissance dans la gloire de Pâques où le Christ s'est levé du tombeau. Désormais le Christ est vivant et il ne meurt plus.

C'est ainsi qu'à chaque Eucharistie que nous célébrons en assemblée autour de la Croix associés à Marie et aux témoins qui se tenaient sur le Golgotha, nous tenons en nos mains, nous partageons et nous mangeons le Corps du Christ. Et nous pouvons dire en vérité et en souhaitant que cela s'inscive de plus en plus profondément dans nos vies : « Ô Christ, tu m'as donné et façonné par cette Eucharistie ton Corps meurtri et ressuscité; voici que je viens, comme toi, faire la volonté du Père qui n'a d'autre volonté que celle que toute l'humanité soit sauvée.»

Dans cette Eucharistie où nous nous tenons comme la Mère de Douleurs au pied de la croix, demandons au Seigneur de le faire comme Marie dans l'abandon total à la volonté de Dieu.

Amen!


Mgr Hermann Giguère, ptre, p.h.
Le 15 septembre 2007.


Le titre de cette homélie est une traduction des premiers vers de l'hymne « Stabat mater dolorosa ». En voici le texte latin complet ainsi qu'une traduction française.

On trouvera un site internet en français sur cette belle prière du « Stabat mater » qui recense les nombreuses partitions musicales sur le "Stabat mater" à http://www.fatrazie.com/Stabat.htm. Le site le plus complet est en anglais et d'une richesse incroyable. Tout y est. L'adresse du site est http://www.stabatmater.info/index1.html

Compte tenu de ses nombreuses variantes nous donnons ici le texte latin "canonique" d'origine et une traduction française officielle de l'Église.

TEXTE LATIN

Stabat mater dolorosa
juxta crucem lacrimosa
dum pendebat Filius.

Cujus animam gementem
constristatam et dolentem
pertransivit gladius.

O quam tristis et afflicta
fuit illa benedicta
mater Unigenti.

Quae maerebat et dolebat
pia mater dum videbat
nati poenas incliti

Quis est homo qui non fleret
matrem Christi si videret
in tanto supplicio?

Quis non posset contristari
Christi matrem contemplari
dolentem cum Filio?

Pro peccatis suae gentis
vidit Jesum in tormentis
et flagellis subditum.

Vidit suum dulcem natum
moriendo desolatum
dum emisit spiritum.

Eia Mater, fons amoris,
me sentire vim doloris
fac ut tecum lugeam.

Fac ut ardeat cor meum
in amando Christum Deum
ut sibi complaceam.

Sancta Mater, istud agas,
crucifixi fige plagas
cordi meo valide.

Tui nati vulnerati
tam dignati pro me pati
paenas mecum divide.

Fac me vere tecum flere
crucifixo condolere
donec ego vixero.

Juxta crucem tecum stare
et me sibi sociare
in planctu desidero.

Virgo virginum praeclara
mihi jam non sis amara
fac me tecum plangere.

Fac ut portem Christi mortem
passionis fac consortem
et plagas recolere.

Fac me plagis vulnerari
fac me cruce inebriari
et cruore Filii.

Flammis ne urar succensus
per te Virgo sim defensus
in die judicii.

Christe,cum sit hinc exire,
da per matrem me venire
ad palmam victoriae.

Quando corpus morietur
fac ut animae donetur
paradisi gloria.


TEXTE FRANÇAIS

Debout, la mère des douleurs
Près de la croix était en pleurs
Quand son Fils pendait au bois.

Alors, son âme gémissante
Toute triste et toute dolente
Un glaive la transperça.

Qu'elle était triste, anéantie,
La femme entre toutes bénie,
La Mère du Fils de Dieu!

Dans le chagrin qui la poignait,
Cette tendre Mère pleurait
Son Fils mourant sous ses yeux.

Quel homme sans verser de pleurs
Verrait la Mère du Seigneur
Endurer si grand supplice?

Qui pourrait dans l'indifférence
Contempler en cette souffrance
La Mère auprès de son Fils?

Pour toutes les fautes humaines,
Elle vit Jésus dans la peine
Et sous les fouets meurtri.

Elle vit l'Enfant bien-aimé
Mourir tout seul, abandonné,
Et soudain rendre l'esprit.

O Mère, source de tendresse,
Fais-moi sentir grande tristesse
Pour que je pleure avec toi.

Fais que mon âme soit de feu
Dans l'amour du Seigneur mon Dieu:
Que je lui plaise avec toi.

Mère sainte, daigne imprimer
Les plaies de Jésus crucifié
En mon cœur très fortement.

Pour moi, ton Fils voulut mourir,
Aussi donne-moi de souffrir
Une part de ses tourments.

Pleurer en toute vérité
Comme toi près du crucifié
Au long de mon existence.

Je désire auprès de la croix
Me tenir, debout avec toi,
Dans ta plainte et ta souffrance.

Vierge des vierges, toute pure,
Ne sois pas envers moi trop dure,
Fais que je pleure avec toi.

Du Christ fais-moi porter la mort,
Revivre le douloureux sort
Et les plaies, au fond de moi.

Fais que ses propres plaies me blessent,
Que la croix me donne l'ivresse
Du sang versé par ton Fils.

Je crains les flammes éternelles;
O Vierge, assure ma tutelle
A l'heure de la justice.

O Christ, à l'heure de partir,
Puisse ta Mère me conduire
A la palme de la victoire.

A l'heure où mon corps va mourir,
A mon âme fais obtenir
La gloire du paradis.



Tiré de SME-Infonet http://www.webzinemaker.com/sme/, webzine publié par la Société des prêtres du Séminaire de Québec.
Rédigé par Hermann Giguère le Vendredi 21 Septembre 2007
10 CONSEILS POUR UN BON CAREME
À ceux qui se demandent encore que faire pour le Carême, le cardinal Godfried Daneels, avec le bon sens et l’humour qu’on lui connaît, adresse ces 10 conseils. Il y ajoute un avertissement : « Ci-joint dix règles pour un bon Carême. Mais elles ne signifient rien, si elles ne nous rapprochent pas de Dieu et des hommes. Ou si elles nous rendent tristes. Ce temps doit nous rendre plus légers et plus joyeux ».

Cardinal Godfried Daneels
07/03/2007

1. Prie. Chaque matin, le Notre Père et chaque soir le Je vous salue Marie
2. Cherche dans l'Évangile du dimanche, une petite phrase que tu pourras méditer toute la semaine.
3. Chaque fois que tu achètes un objet dont tu n'as pas besoin pour vivre - un article de luxe - donne aussi quelque chose aux pauvres ou à une œuvre. Offre-leur un petit pourcentage. La surabondance demande à être partagée.
4. Fais chaque jour quelque chose de bien pour quelqu'un. Avant qu'il ou elle ne te le demande.
5. Lorsque quelqu'un te tient un propos désagréable, n'imagine pas que tu doives aussitôt lui rendre la pareille. Cela ne rétablit pas l'équilibre. En fait, tu tombes dans l'engrenage. Tais-toi plutôt une minute et la roue s'arrêtera.
6. Si tu zappes depuis un quart d'heure sans succès, coupe la TV et prends un livre. Ou parle avec ceux qui habitent avec toi: il vaut mieux zapper entre humains et cela marche sans télécommande.
7. Durant le Carême quitte toujours la table avec une petite faim. Les diététiciens sont encore plus sévères : fais cela toute l'année. Une personne sur trois souffre d'obésité.
8. 'Par-donner' est le superlatif de donner.
9. Tu as déjà si souvent promis d'appeler quelqu'un par téléphone ou de lui rendre visite. Fais-le finalement.
10. Ne te laisse pas toujours prendre aux publicités qui affichent une réduction. Cela coûte en effet 30% moins cher. Mais ton armoire à vêtements bombe et déborde également de 30 %.

Ces « Dix conseils » ont été publiés dans la revue du vicariat Pastoralia et par l’agence catholique belge CathoBel.

Rédigé par Daneels le Jeudi 8 Mars 2007

Réflexions

UN JOUR, DIEU...
Un jour, Dieu a désiré habiter notre temps! Sa parole a voulu prendre corps. Le temps de Noël nous met en contact avec le mystère de la volonté du Père d'envoyer dans notre monde son Verbe, sa parole, pour devenir l'un parmi nous. En son Fils Jésus, Dieu s'est approché de notre humanité pour prendre avec lui notre condition de vie et nous tracer un chemin de salut.

Depuis lors, nous ne cessons de rendre grâce au Père du don de son Fils. Non seulement les premiers disciples de Jésus ont eu la joie de côtoyer quotidiennement leur Maître sur les routes de la Galilée et de Jérusalem, mais ils ont communié, à un premier repas, puis à plusieurs autres, à sa vie de mort et de ressuscité. Ils l'ont reconnu vivant en plusieurs lieux, mais particulièrement au cours de ces repas. À la fraction du pain, «leurs yeux s'ouvrirent » à son nouveau mode de présence parmi les siens.

«Le Verbe s'est fait chair», et il continue de nous habiter par l'Eucharistie célébrée et contemplée au beau milieu de nos activités de chaque jour. Ce «sacrement d'unité et d'amour », selon l'expression de saint Augustin, nous assure une présence toujours active du Seigneur au sein de notre Église. Par ce Saint Signe, un pain devenu son Corps, du vin devenu son Sang, le Christ nous donne directement accès à sa personne pour le recevoir et nous offrir avec lui à son Père. Ce sacrement nous appelle à mieux aimer notre frère et notre sœur, présences de Dieu, et à nous étonner du désir de proximité de notre Créateur et Sauveur.



Louis-André Naud, membre du Comité d'organisation du 49" Congrès eucharistique international


Tiré de Prions en Église du 10 décembre 2006 – Deuxième dimanche de l’Avent - vol. 70 numéro 49 p.30.
Rédigé par Louis-André Naud le Lundi 11 Décembre 2006
FISSURES QUI FONT REFLECHIR...
Trois fissures, immensément profondes et apparemment impossibles à combler, fracturent l'unité de l'humanité. Je les exprime ici en citant quelqu'un qui fut, à son propre étonnement et qu'on l'aime ou non, un des penseurs les plus sérieux de l'histoire de l'humanité, saint Paul: "...Il n'y a plus ni Juif, ni Grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme..." affirmait-il un jour de façon tranchante. Les points de suspension dans la citation sont d'une énorme importance, j'y reviendrai.

« Juifs – Grecs » : ce sont les religions; « esclaves - hommes lbres »: ce sont les classes sociales; « hommes – femmes » : ce que l'on sait. Différences religieuses, différences sociales et différences sexuelles qui deviennent souvent, pour ne pas dire la plupart du temps, occasions de division, de domination et d'asservissement. Si nous pouvions les transformer en lieux privilégiés de ré-conciliation, de fraternité et d'unité! Mais comment s'y prendre?

L'autre jour, le Pape Benoit XVI était à l'université de Ratisbonne (Regensburg, comme ils disent par là). Je suis déjà allé, on y trouve ce qu'on peut imaginer de meilleur comme faculté de théologie, c'est du moins ce qu'ils disent, comme le dit d'ailleurs d'elle-même toute faculté de théologie allemande qui se compare aux autres. Alors mon pape n'a pu faire autrement que d'entrer dans l'univers qui fut jadis le sien et que, forcément, il aime bien. Et il n'a pu faire autrement que de succomber un tant soit peu à la tentation de la virtuosité intellectuelle, qui est le péché mignon de tout universitaire. Évoquer un dialogue entre un empereur de Byzance et un savant musulman absents des mémoires universitaires depuis si longtemps: pouvait-on imaginer quoi que ce soit de plus pétillant, dans cette auguste assemblée de professeurs en toges! Les auditeurs ont bien apprécié, totalement inconscients que, à cause du Pape, ce qui se déroulait dans leur enceinte paisible était épié par les médias du monde entier. Le Pape, lui, devait le savoir. Il est toujours épié, quoi qu'il fasse, quoi qu'il veuille.

Ce que le pape a dit n'était certes pas mauvais; la citation qu'il a faite non plus. Il ne devrait pas dire qu'elle ne reflétait pas sa pensée. La violence jusqu'à la mort de l'autre, pour lui imposer la foi en Dieu, est la chose plus irrationnelle qu'on puisse imaginer; et la plus ignoble, quand on sait que Dieu est Amour, ce que le Pape proposait comme la conviction la plus intense qui l'habitait au début de son pontificat.

C'est ainsi que j'en reviens enfin aux points de suspension de ma citation du début. Je dévoile ce qu'ils cachaient: " Oui, vous tous qui avez été baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ. Il n'y a plus ni Juif ni Grec, ni esclave ni homme libre, ni homme ni femme, car tous, vos n'êtes qu'un en Jésus Christ". Pour un chrétien plongé dans l'univers du Christ, les différences étaient devenues des champs de réconciliation. Je dis bien: pour un chrétien. C'est l'affaire des chrétiens.

Je ne tiens pas à ce que notre Pape parle des autres religions, des autres façons d'entrer en relation avec Dieu qu'ont découvertes d'autres êtres humains. Chacune d'entre elles constitue un mystère de foi bien difficile à lire et à déchiffrer quand on ne la partage pas. Je veux de mon Pape qu'il ne parle que comme un chrétien. Je veux qu'il ne parle que de la relation à Dieu qu'il connaît d'expérience, celle qui se fait par le Christ, Jésus de Nazareth, le Crucifié que Dieu a glorifié parce qu'il avait bien fait ce qu'il avait à faire. Il n'a pas tué, il s'est fait tuer. Il ne s'est pas vengé, il a pardonné. Il n'a jamais tué quelqu'un. Mais il a tué quelque chose: la haine. Il l'a aspirée, il l'a enfouie en lui. En sa personne il a tué la haine. Par ses paroles de détresse, d'abandon et de pardon sur la croix, par son corps livré et son sang versé dont nous, les chrétiens, nous faisons mémoire chaque fois que nous nous réunissons et que nous pensons à lui.

Voilà ce que tout chrétien a à dire au monde: le Dieu auquel il croit, celui que Jésus de Nazareth lui a appris. Et sa conviction qu'il y a plus d'avenir pour le monde dans l'amour que dans la haine.

A chacun de présenter sa foi sans porter de jugement sur la foi de l'autre. Nous, les chrétiens, nous avons à dire la foi en Dieu que nous avons découverte en nous mettant à la suite de Jésus de Nazareth. Cette foi que nous avons si mal servie dans l'histoire et dont nous ne serons jamais de fiers et parfaits témoins. Mais cette foi que nous trouvons belle. Cette foi qui nous amène à présenter l'amour comme étant l'avenir du monde. En étant convaincus, parce que Jésus nous l'a appris, que voilà ce qui plaît à Dieu.

Dieu...Yahvé... Allah... Ô Toi l'au-delà de tout, tu as tous les noms, comment te nommerai-je? Et Jésus me répond, en pensant à tous mes frères et sœurs de la terre: Abba!

Lucien Robitaille, prêtre,
professeur émérite à la Faculté de théologie et de sciences religieuses de l'Université Laval

Tiré de Patorale-Québec octobre 2006 vol 118 numéro 9 p. 31

Autorisation de publication du directeur de Pastorale-Québec, l’abbé René Tessier, le 14 novembre 2006
Rédigé par Lucien Robitaille le Mercredi 15 Novembre 2006

Réflexions

MARY, UN GRAND FILM
Magali Van Reeth, diocèse de Lyon
[03/01/2006]
Dans le monde d’aujourd’hui, symbolisé à l’écran par une grand ville américaine, à la fois fascinante dans ses lumières du soir et repoussante dans ses boyaux, Abel Ferrara met en scène plusieurs aspects de la religion et des grandes religions monothéistes à la travers la figure du Christ, qu’elles ont en commun.

Il y a tout d’abord Mary, une actrice célèbre qui, après avoir interprétée une Marie-Madeleine à l’écran, quitte sa vie et ses certitudes pour aller à Jérusalem chercher un sens à sa vie, sur les traces du Christ et dans les violences de la société israélienne. Il y a un présentateur télé d’une émission religieuse très populaire, qui n’est pas croyant. Un réalisateur de cinéma, cherchant la polémique et la confrontation en présentant un Jésus qui heurte certaines communautés religieuses mais qui fait parler de lui. Et des religieux fanatiques de tous bords qui utilisent le moindre prétexte pour engendrer la violence, sous couvert d’exigence de la vérité.

Film foisonnant par toutes les pistes et les questions qu’il soulève, Mary n’est jamais un film racoleur. Quand il dénonce les comportements violents, il ne laisse jamais au spectateur la possibilité de tomber dans le voyeurisme. Tout est suggéré, rien n’est imposé. De même, les images qui suscitent l’émotion ne sont pas manipulatrices. L’émotion qui survient alors ne nous anéantit pas. Elle nous touche mais elle nous laisse libre face à l’image et au propos du réalisateur. Ainsi, on peut cheminer tout au long du film, avec les différents personnages et, à travers leurs doutes, affronter nos propres interrogations.

Les deux personnages principaux sont interprétés par Juliette Binoche, pleine de grâce, serrait-on tenté de dire tellement elle irradie chacune des images où elle apparait. Et par Forest Whitaker qui exprime la colère et le repentir avec une justesse qui fait frissonner ! Ces deux personnages, l’une blanche et lumineuse, l’autre noir et sombre, n’étant que les deux mêmes faces d’une seule humanité à la recherche de son Père ou, pour ceux qui n’y croient pas, à la recherche du sens de la vie, dans un monde contemporain qui se laisse trop souvent berner par des images éphémères.

A la Mostra de Venise, ce film a obtenu le prix Signis.


Source : Diocèse de Lyon et InXL6, le portail jeune de l'Église de France

Un film de Abel Ferrara, France/Italie/Etats-Unis, 2005, 1h25. Sélection officielle au Festival du film américain de Deauville. Lion d’argent et prix Signis à la 62ème Mostra de Venise, avec Juliette Binoche, Forest Whitaker, Heather Graham, Marion Cotillard.

Tiré de SME-Infonet http://www.webzinemaker.com/sme/, webzine publié par la Société des prêtres du Séminaire de Québec.

Rédigé par Magali Van Reeth le Jeudi 5 Janvier 2006
QUESTIONS EXISTENTIELLES
Extraits des fiches sur le film québécois: LA NEUVAINE

Solitude et questions existentielles

Ce film parle notre langue, se déroule dans des paysages qui nous sont familiers et il nous replonge dans  notre univers culturel québécois.  Comme l’écrit Martin Bilodeau : »Ce troisième long métrage de fiction de Bernard Émond met en question la solitude spirituelle des Québécois après la révolution tranquille.  Comment répondre désormais, dans le monde sans Dieu, aux questions existentielles ? » (Martin Bilodeau, Le Devoir, 26 août 2005.)

« De fait, le film d’Émond coule comme le fleuve sur la berge duquel son action se déroule.  Pour Jeanne, ce fleuve est un abîme.  Pour François, il est une pulsation.  Pour la cathédrale, que ce catholique athée filme avec un immense respect, il est un miroir.  Enfin, pour les spectateurs, il est le fil qui rattache les vies inventées par Bernard Émond à celles, pareilles ou différentes, de ses contemporains. »(Martin Bilodeau dans l'article cité du Devoir).

Traversée initiatique qui nous révèle à nous même ?

La revue cinématographique « 24 images » parle ainsi de la réalisation de Bernard Emond : «La neuvaine est une traversée initiatique par laquelle le réalisateur nous redit le chemin terrible qu’il faut toujours parcourir pour parvenir jusqu’à soi,  nous redit la nécessité que nous avons tous de passer par l’ailleurs pour parvenir chez soi, dans ce qui nous est propre. »(Stéphane Lépine 24 images, no 123, septembre 2005, 58).

« Nous, c’est Jeanne, cette part de nous qui a perdu toutes ses illusions et qui ne croit plus en qui que ce soit  (homme ou Dieu) ou en quoi que ce soit (science ou religion). »

« Nous, c’est François,  cette part de nous contrainte à vivre le deuil d’êtres chers et sujette à la perte, à l’abandon et à la solitude. »

« Nous, cent fois hélas ! c’est le mari violent, cette part de nous qui ne sait pas comment faire face aux frustrations et comment résoudre les conflits autrement qu’en s’imposant aux autres et en détruisant tout ce qui résiste à son emprise. »(Marcel Gaumond, Magazine Le Clap, n o 126, 9 septembre/27 octobre 2005.)


Une oeuvre aérienne

« Le film de Bernard Émond s’adresse tant au cœur qu’à l’intelligence. C’est une œuvre riche, honnête et aérienne, spirituelle au sens premier du terme, une œuvre qui ne prend pas le spectateur en otage et qui lui offre au contraire un espace de liberté suffisant pour lui permettre de respirer, de comprendre et d’interpréter. Nous nous trouvons manifestement à des années-lumière du divertissement qui prend le spectateur d’assaut et lui donne tout cuit dans le bec.

Elise Guilbault et Partick Drolet parviennent à s’investir profondément dans leur personnage respectif. Chacun d’eux porte une charge symbolique différente, complexe, lourde de signification. A travers eux, deux visions du Québec et, par extension, du monde, s’opposent.

La photographie signée Jean-Claude Labrecque met en valeur le cadre naturel de la côte de Beaupré et celui de Charlevoix, sans trop s’appuyer, en intégrant les éléments du décor et la lumière d’automne aux impératifs du récit.

La bande sonore du film, une musique pour cordes de Robert M. Lepage, toute en suspensions, suggère à peine et questionne beaucoup. Elle agit à la manière d’une bouteille jetée à la mer. Par moments, elle fait aussi penser à une sonde fragile lancée dans l’immensité du cosmos. Assurément, elle laisse aux spectateurs la possibilité de lire l’ouvrage. Jamais elle ne l’interprète à sa place.

Considérant le dépouillement de l’œuvre et la mesure qui caractérise l’ensemble de la démarche réalisée par Bernard Émond, il est clair que La Neuvaine, à l’instar de celle que les croyants continuent à pratiquer de nos jours, reste avant tout une affaire de courage, de foi, de conviction et de ferveur.» (Richard Boisvert « Avec la ferveur d’un convaincu », Le Soleil, 27 août 2005, G3.)



Pourquoi des films de cette trempe sont-ils nécessaires aujourd’hui ?



Céline Lamonde

Tiré de SME-Infonet http://www.webzinemaker.com/sme/, webzine publié par la Société des prêtres du Séminaire de Québec.
Rédigé par Céline Lamonde le Jeudi 10 Novembre 2005

Réflexions

ACTS OF GOD (???)
Les sciences de la terre peuvent de plus en plus comprendre le fonctionnement des plaques tectoniques qui bougent et font trembler, l'interaction des courants marins et aériens chauds ou froids, etc. Mais nous demeurons encore impuissants à les contrôler. Devant la fatalité, nous disons encore : Acts of God. Dieu serait-il la grande force qui manoeuvre tout cela indépendamment de notre présence et de ses conséquences pour nous? Qu'est-ce que l'oeuvre de Dieu?

Devant certaines catastrophes, il ne faut pas tant chercher l'origine que l'appel qui nous est fait. Des personnes massacrées par les soldats, une tour en construction qui s'effondre en tuant les travailleurs (cf. Lc 13, 1-5), et Jésus répond : « Convertissez-vous, sinon vous périrez tous de même! ». Et Jésus dit bien que ces victimes n'étaient pas plus coupables que les autres. L'événement n'est donc pas une punition de Dieu envers de grands pécheurs, mais il nous appelle à une conversion. Laquelle?

Une première conversion serait sans doute d'accepter la fragilité de la vie. Nous sommes des êtres fragiles qui habitent une terre qui bouge, change, évolue constamment. Tsunamis, ouragans, séismes existaient bien avant l'apparition de l'homme et continueront d'exister bien après sa disparition sur la planète terre. Nous-mêmes, nous sommes en perpétuel évolution : de l'ovule fécondée au vieillard qui s'éteint doucement, notre corps ne cesse de changer, se transformer. Notre pensée aussi. Où cela mène-t-il? Quel est le sens de la vie? Dans ce passage fragile et éphémère, ne serait-ce pas l'oeuvre de Dieu de nous appeler à lui, de nous dire son désir que nous partagions sa vie? Les employés de la tour de Siloé sont morts aveugles sur leur vraie grandeur aux yeux de Dieu. Convertissez-vous, sinon vous mourrez sans savoir de quel amour vous êtes l'objet.

Une deuxième conversion serait dans la ligne de la justice. On remarque que les catastrophes touchent les populations les plus pauvres. Les plus riches s'installent sur des terres plus « sécuritaires » dans des édifices capables de mieux résister. Il reste aux plus pauvres les secteurs plus vulnérables, dans des habitations qui ne répondent pas aux normes de sécurité. L'oeuvre de Dieu ne serait-elle pas d'inciter les hommes à plus de justice? Connaissant de mieux en mieux les endroits susceptibles de mal subir les effets d'une catastrophe naturelle, ne faudrait-il pas prévenir quant aux lieux à bâtir et à bâtir mieux sans pénaliser les plus pauvres? L'oeuvre de Dieu ne peut se faire sans notre prise de conscience et notre décision d'agir ou d'amener nos gouvernements à agir. Nous ne serons jamais les maîtres des forces de la nature, mais en les comprenant mieux, nous pourrions prévenir tant de souffrances. En nous appelant à la conversion, Jésus nous renvoyait aussi à nos responsabilités. Exploitons-nous la terre au profit de quelques uns, ou la « soumettons-nous (selon le mot de Gen 1, 28) » pour le bien de tous?

Bonne réflexion à tous et toutes!

Bernard St-Hilaire
St-Damien de Buckland (Québec)
Rédigé par Bernard St-Hilaire le Samedi 22 Octobre 2005
REGARD SUR STAR WARS III
Tout est-il possible pour justifier un bien ?

Premier éclairage. Tout est-il possible pour justifier un bien ? C’est la question du rapport entre la fin et les moyens qui est au coeur de l’épisode III et de la décision d’Anakin. Le chancelier lui dit d’abord que l’aider c’est l’aider à faire le bien de tous dans la galaxie et qu’il faut être prêt à tout pour y parvenir. Dans ce dessein, il lui demande de commettre un mal absolu, tuer, y compris des innocents, pour théoriquement sauver une vie. Pourtant, nous le sentons bien, tout n’est pas possible, tout n’est moralement pas justifiable...


Nul n’est bon ou méchant


Deuxième éclairage. La révolte des Sith met un exergue un point clé de la vie humaine : tout homme vit un combat intérieur. En effet, à tout moment l’individu est appelé à faire des choix. Bien souvent, à une échelle plus petite évidemment, nous avons un choix à faire entre le « bien » et le « mal ». Nul n’est « bon » ou « méchant » pour toujours. L’avenir de l’homme n’est pas fixé et à tout moment nous avons le choix de faire le bien même si depuis des années j’étais dans l’injustice. L’inverse est d’ailleurs aussi possible. En quelque sorte, chacun a un ’côté obscur’. Ce dernier peut se nommer égoïsme, péché, tentation, nombrilisme...

Comme le dit le prophète Ezékiel, « quand le juste se détourne de sa justice, commet l’injustice et en meurt, c’est bien à cause de l’injustice qu’il a commise qu’il meurt. Quand le méchant se détourne de la méchanceté qu’il avait commise et qu’il accomplit droit et justice, il obtiendra la vie » (Ez 18,26-27).

Le relativisme moral absolu

Troisième éclairage. Un autre point me semble intéressant à souligner, le chancelier défend un relativisme moral absolu : « Le bien est un point de vue, Anakin. Et le point de vue jedi n’est pas le seul ». Comme chrétiens, nous croyons que le bien doit être recherché au péril même de sa vie : « Que sert à l’homme de gagner l’univers s’il en vient à perdre son âme ? » dit Jésus. En réalité, le relativisme moral pose la question suivante : le mal peut-il être objectivement un bien ?


Il est frappant de voir que pour convaincre, le mal doit se présenter comme un bien. ’ Vous serez comme des dieux’ disait le Serpent (Gn 3,5). Le Chancelier dit à Anakin : ’ Obéis-moi et tu sauveras la vie de celle que tu aimes ’. C’est toujours la même tentation : devenir immortel par ses propres forces et ne pas le recevoir comme un don.
En définitive cette parole se révèle toujours trompeuse car le mal ne peut donner ce qu’il n’a pas : la vie. Palpatine affirme avoir le pouvoir de l’immortalité : ’ Tromper la mort est un pouvoir qu’un seul a atteint, mais si nous travaillons ensemble, je sais que nous pouvons découvrir le secret ’ .

Pour nous chrétiens, seul le Christ a « trompé » (ou vaincu) la mort en la prenant à son propre jeu. Seul Dieu nous en délivre. Non pas en nous jouant les uns contre les autres mais en nous apprenant à donner notre vie comme le Christ. A la fin, Yoda dit que cette vie ne peut être atteinte que par la ‘compassion’.

Grandir dans le bien

Quatrième éclairage.

Grandir dans le bien signifie être humble . Star Wars III nous donne pour cela 2 archétypes frappant :
La tentation de l’orgueil chez Anakin et l’humilité d’Obi-Wan

Ce dernier est prêt à reconnaître qu’il est devenu moins fort, toujours porté à louer la valeur des autres et notamment de son élève Anakin. Il ne peut pas tout et il n’en est pas triste. C’est cette humilité qui sera sa force.

Dieu élève les humbles et abaisse les orgueilleux dit le Magnificat. En effet, l’ambition peut dévoyer. Anakin ne voit pas tout ce qu’il a reçu (dons nombreux, amour, place au conseil), il ne voit que ce qui lui manque et il lit tout retard comme un manque de confiance. Il exige avec impatience ses droits. On n’est certes jamais assez ambitieux mais on n’est jamais humble aussi. Il est dur d’être patient et de ne jamais se décourager . C’est pourtant le chemin du salut comme le dit maître Yoda à la fin, « espérer nous pouvons ». Même après une terrible défaite, il faut savoir repartir.

Conclusion

En définitive, ce film n’est naturellement pas un traité de théologie moral. Cependant, il offre une belle réflexion sur la liberté humaine, sur l’espoir de l’humanité d’obtenir la vie pour toujours pour soi et pour ceux que l’on aime, sur les valeurs qui mènent à cette vie et qui s’appellent : patience, courage, don de soi, fidélité et par dessus tout humilité.

Tiré du site internet de la PAStorale d'Animation Jeunesse de l'Église catholique du canton de Vaud en Suisse www.pasaj.ch (samedi 4 juin 2005)


le 9 juin 2005

Tiré de SME-Infonet http://www.webzinemaker.com/sme/, webzine publié par la Société des prêtres du Séminaire de Québec.
Rédigé par pasaj le Dimanche 12 Juin 2005
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